Valence Rouzaud est un poète épistolier qui a rejoint l'Académie de la Poésie Française, au printemps 2025. Il a déjà publié plusieurs recueils de correspondances qui s'adressent à ses maîtres en poésie Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, de Nerval mais également à des poètes contemporains. C'est ainsi que dans le prochain numéro de l'Albatros, il répond à Estelle fournier, touché par son poème
Valence Rouzaud livre une version enrichie de 21 lettres son recueil « qui connaît la muse a vu la fée ». Dans ce nouvel opus, il nous ouvre les portes de son usine à rêves où le monde raisonne enfant et le rêve en adulte. Au fil des 137 pages, il promet mille vies à celui qui possède un crayon ou qui choisit un mot, l’aime passionnément et le relie à d’autres. L’écriture doit être un carrosse et le poète son cocher.
Tout au long des échanges épistolaires, sa plume chante la beauté du Cotentin, égratigne au passage Robot en chef 666 puis se fait toute douce devant un petit pois.
Emma
Petit-pois mon enfant
je sais ton chagrin.
je sais tes trente ans.
Petit pois mon enfant
peut-être pas le surfer
d’Argent, mais j’en suis
sûr quelqu’un t’attend.
Petit-pois mon enfant
je sais ton chagrin
je sais tes trente ans.
LE CYPRÈS
Un homme s’arrête pour contempler la plaine.
Ce marcheur vient de loin mais il connaît l’endroit,
Il sait tous ses secrets, ses histoires anciennes
Que l’on confiait parfois dans l’ombre des sous-bois…
Il cherche du regard le mât d’un grand cyprès,
Signe de bienvenue, de vie, d’éternité
Qui dresse son pinceau pour dessiner le ciel
Au vent doux de la plaine, au chant doux des sittelles...
L’homme sourit soudain et ses yeux sont humides,
Une larme s’échappe et se perd dans ses rides
Car l’arbre est toujours là, qui ploie sous le mistral
Au vent doux de la plaine, au chant doux des cigales…
Son père l’a planté, il y a si longtemps,
Ce jour où il est né, sur ce sol ancestral…
La terre n’est plus sienne et qu’importe à présent…
Car l’arbre est toujours là pour raviver le bal
Des souvenirs précieux qu’on emmène avec soi,
D’où fusent des rêves et des rires d’enfants,
L’innocence des jours livrés au tempo lent
Des purs moments de grâce où l’on devient tous rois
Sous l’ombre salutaire que l’on se partage
Au vent doux de la plaine, au chant doux des feuillages…
Estelle Fournier