L'albatros N° 161 est arrivé le 8 avril. J'ai posté les exemplaires à tous les adhérents de l'Académie de la Poésie Française...

 

Pour les non adhérents n'hésitez pas à nous rejoindre, à nous envoyer vos poèmes.

 

Au plaisir de vous lire.

 

Thierry SAJAT, Président


Chers amis abonnés ou non à l'Albatros,  Le numéro 161 de la revue est bloqué à l'imprimerie en raison de la pandémie ... J'ai pu insérer les pages sur notre Site . Toutefois aucune reproduction de photo n'a pu s'insérer (Je n'ai pu insérer que le format .doc)... Il est donc possible qu'un texte soit décalé.... En ce qui concerne la table des matières elle ne s'affiche pas non plus... Enfin vous aurez le loisir de découvrir votre texte  et le texte de vos amis poètes.....   Avec mon amitié.  Thierry

 

 

ACADÉMIE DE LA POÉSIE FRANÇAISE

(A.D.L.P.F.)

(Association déclarée loi de 1901)

 

L’Académie a pour but conformément à ses statuts, sans aucune référence politique, ethnique ou confessionnelle quelconque, d’assurer la pérennité et le développement de la poésie française.

 

MEMBRES DU BUREAU :

 

Maurice DE MEURE, président d’honneur

Marie-Thérèse ARNOUX, vice-présidente d’honneur

Thierry SAJAT, président

Didier PORCHAIRE, trésorier

Monique LAHOSTE, trésorière adjointe

Daniel ANCELET, vice-président

Roland JOURDAN, vice-président

Yves TARANTIK, communication, conseil

Georges RABAROUX, communication

Jean-Pierre MERCIER communication, conseil

Christine TOURNIER, secrétaire et administratrice déléguée

 

Toute fonction au sein de l’Académie, tant du Bureau directeur que du Conseil d’Administration comme des délégations, relève du plus intégral bénévolat, aucune rétribution ne pouvant être accordée ni acceptée quel que soit son titre ou sa forme.

 

 

CONDITIONS D’ADMISSION

 

En qualité de membre actif :

1) Joindre un C.V. (en indiquant s’il y a lieu les œuvres publiées).

2) Joindre trois poèmes en vers.

Après appréciation du Comité de lecture, la candidature est soumise au Conseil d’Administration qui décide sans appel et n’est pas tenu de faire connaître les motifs de sa décision. Si l’admission est prononcée sur avis favorable le candidat en est avisé et prié d’acquitter le droit d’inscription et la cotisation annuelle conséquente...

Ainsi, seule, cette procédure peut faire octroyer la qualité de membre actif.

 

 

Bulletin d’abonnement en page volante

                 

LES MERCREDIS POÉTIQUES

 

 

Nos rencontres du mercredi après-midi au café François Coppée sont maintenues grâce à la diligence de M. Roland Jourdan, de Daniel Ancelet et de Thierry Sajat (tel 06 88 33 75 24)

Il s’agit de partage poétique autour d’un verre dans cette agréable salle à l’étage.

La rencontre est ouverte à tous, poètes venus d’autres associations mais aussi toute personne aimant écouter et/ou lire la poésie.

Ce moment garde la particularité de promouvoir la poésie rimée, les formes fixes lues peuvent être présentées.

Venez nombreux !

Tous les seconds mercredis de chaque mois à partir de 15 h

 

Café François Coppée

1, boulevard du Montparnasse    75006 Paris

Métro Duroc, ligne 13

 

 

 

LE TRAITÉ D’HERMINE VENOT-FOCKÉ

 

 

« Poète, prends ton luth », le merveilleux abrégé d’art poétique de notre regrettée présidente, Hermine Venot-Focké, précis couronné par l’Académie Française, nous manque.

Retrouver ses précieux conseils et ses explications claires des règles – rimes féminines et masculines, césure, hiatus, élision… – ainsi que des formes fixes – sonnet, rondel, rondeau, pantoum, triolet, terza rima, villanelle, … – est désormais possible !

Grâce à Lydie Pinoy, un extrait a été réimprimé. Vous pouvez le commander en adressant vos nom, prénom, adresse et numéro de téléphone à la trésorière avec le règlement de 5 € par exemplaire + 2 € de frais de port, par chèque bancaire à l’ordre de l’ADLPF

 

Adresse Trésorier

 

ADLPF – Trésorier  Chez Thierry SAJAT

5 rue des Fêtes 75019 PARIS.

Siège administratif

Pour tout ce qui concerne vos envois

à l’Académie ou à l’Albatros, adressez-les :

 

ADPLF chez Thierry SAJAT
5, rue des Fêtes

75019 PARIS

06 88 33 75 24

 

Courriel : thierrysajat.editeur@orange.fr

 

1 – Si possible adressez des textes dactylographiés

 

2 – Pour les poèmes n’en envoyez à la fois pas plus de trois (en indiquant votre préférence mais le comité de lecture avisera quant à lui sur le choix ... )

 

3 – Ne manquez pas de signer très lisiblement vos envois et n’omettez pas votre adresse, votre numéro de téléphone ainsi que votre adresse courriel pour le Bon à Tirer de votre poème

Merci

*

 

LE SITE INTERNET DE L’ACADÉMIE

 

Pour accéder au site

– Taper l’adresse suivante dans l’onglet en haut de page :

http://academiedelapoesiefrancaise.com/                     ou

Envoyez vite vos poèmes, vos remarques, vos articles aux l’adresses mail suivante :

thierrysajat.editeur@orange.fr

DÉLÉGATIONS DE L’ACADÉMIE

DÉLÉGATIONS RÉGIONALES :

 

ALSACE et LORRAINE (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Meurthe et Moselle, Meuse, Moselle, Vosges) : Albert SPEHNNER, 6 rue d’Arras – 67000 Strasbourg.

BOURBONNAIS : délégation à pourvoir

BOURGOGNE: MME Odile COCHE-DURY, 25 rue Charles-Giraud – 21190 Meursault.    Tél.: 03.80.21.20.25.

BRETAGNE (Côtes du Nord, Finistère, Ille et Vilaine, Morbihan, Loire Atlantique) : Annick PÉGEAULT-CUEFF, 9, rue du Lion d’Or – 22100 Lanvallay-Dinan.

CENTRE-VAL DE LOIRE (Cher, Eure-et-Loir, Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Loiret) : Jean-Pierre MERCIER, Résidence de Pignoux, 125 D rue Charlet, 18000 BOURGES

CÉVENNES (Ardèche, Gard, Lozère) : Gérard LAGLENNE, 12 Boulevard de Lachaud 07600 Val-les-bains gerard.laglenne@orange.fr

CHAMPAGNE-ARDENNES (Ardennes, Aube, Marne, Haute-Marne) : délégation à pourvoir

LANGUEDOC MÉDITERRANÉEN (Aude, Hérault, Pyrénées-Orientales) : Marie-Rose COURTIEU, 38 rue de Bruxelles – 11000 Narbonne.

LIMOUSIN : délégation à pourvoir

midi-pyrÉnÉes : délégation à pourvoir

NORD : Henri CLAVERIE, 369 Bd Basly – 62110 Hénin-Beaumont.

NORMANDIE : Martial MAYNADIER, 1 rue des Aubépines – 27930 GRAVIGNY

Provence-CÔte d’Azur : Guy Feugier, 47 bis rue Monte-Cristo – 13004 Marseille. Tél. : 06.07.71.33.69

RHÔNE-ALPES : Lauriane Manneville, 155 passage de la chenaillette - 01170 Gex - Tél. : 06.84.91.17.22

TOURAINE : délégation à pourvoir

 

DÉLÉGATIONS DÉPARTEMENTALES :

 

AIN-RHÔNE : rattachée à Rhône-Alpes

ALPES-MARITIMES : Guy Feugier, 47 bis rue Monte-Cristo – 13004 Marseille.    Tél. : 06.07.71.33.69

ALPES DE HAUTE PROVENCE : Guy Feugier, 47 bis rue Monte-Cristo – 13004 Marseille.   Tél. : 06.07.71.33.69

ARDÈCHE : Gérard LAGLENNE, 12 Boulevard de Lachaud – 07600 Val-les-bains – gerard.laglenne@orange.fr

BOUCHES DU RHÔNE : Guy Feugier, 47 bis rue Monte-Cristo – 13004 Marseille.    Tél. :06.07.71.33.69

CORRÈZE : Albert Lachaud, “Le Moulin du Tailleur” – 19170 Tarnac.

CORSE : Mathieu LUCIANI, Résidence Colomba B – 20200 Bastia-Toga.

CÔTES D’ARMOR : Annick PÉGEAULT CUEFF, 9, rue du Lion d’Or – 22100 Lanvallay-Dinan.

CÔte d’or : Mme Odile COCHE-DURY, 25 rue Charles-Giraud – 21190 Meursault.    Tél.: 03.80.21.20.25.

DEUX CHARENTES : délégation à pourvoir

DRÔME : rattachée à Rhône-Alpes

GARD : Gérard LAGLENNE, 12 Boulevard de Lachaud – 07600 Val-les-bains – gerard.laglenne@orange.fr

HAUTE GARONNE : délégation à pourvoir HAUTES-ALPES : Délégation à pourvoir. Candidatures à soumettre.

HÉRAULT : Marie-Rose COURTIEU, 38 rue de Bruxelles – 11000 Narbonne.

HAUTE VIENNE : Lucette MORLIÉRAS, 146 rue Armand Dutreix – 87000 Limoges.

HAUTE SAVOIE : rattachée à Rhône-Alpes

HAUTS DE SEINE : Luce DULAC, 31 rue de Bellevue – 92260 Fontenay-aux-Roses.    Tél.: 01.46.60.79.21.

ILLE ET VILAINE : Paul LEVREL, 14 impasse du Champ de la Vigne – 35100 Rennes.

ISÈRE : Georgia KIOULOU, 1 rue Auguste Renoir – 38400 Saint Martin d’Hères.

LOIRE : rattachée à Rhône-Alpes

LOZÈRE : Ludovic CHAPTAL, Résidence Foch – 12 bis av Foch – 48000 MENDE

MAINE ET LOIRE : Jean-Jacques JULLION, 16 rue Roc Épine – 49100 Angers.   Tél. : 02.41.88.86.29.

MONACO : Guy Feugier, 47 bis rue Monte-Cristo – 13004 Marseille. Tél. : 06.07.71.33.69.

NIÈVRE : MME Odile COCHE-DURY, 25 rue Charles-Giraud – 21190 Meursault.   Tél.: 03.80.21.20.25.

PAS DE CALAIS : Francine GREGSON, 29 rue des Anglais – 62930 Wimereux.

PYRÉNÉES ATLANTIQUES : Renée GIRAUDEAU, 28 bis, rue des Cinq Cantons – 64600 Anglet.

PYRÉNÉES-ORIENTALES : rattachées au Languedoc-Roussillon.

HAUTES PYRÉNÉES: Marie-Thérèse BAURENS, Résidence Bellevue – Bâtiment B2, 230 rue Pasteur – 65300 Lannemezan.

SAONE ET LOIRE : MME Odile COCHE-DURY, 25 rue Charles-Giraud – 21190 Meursault.   Tél.: 03.80.21.20.25.

SAVOIE : rattachée à Rhône-Alpes.

SEINE-SAINT-DENIS: René COSTA, 25 rue du Docteur Vaillant – 93220 Gagny.

TARN et AVEYRON : Pierrette CHAMPON-CHIRAC, 29 avenue d’Albi – 12170 Requista.

TARN et GARONNE : Andrée CHABROL VACQUIER, 1270 avenue de Fonneuve – 82000 Montauban.

VAL DE MARNE : Jean-Michel COPIN, 24 avenue des Bordes – 94510 La Queue en Brie. Tél. : 01.45.94.32.79.

VAR : Jeanne-Marie PARA, chemin de la Canolle – 83000 Toulon.

Tél. : 04.94.24.42.69.

et Solange EYMARD, Le Choucas, 43 rue Vincent Scotto – 83000 Toulon. Tél. : 04.94.03.12.32.

VAUCLUSE : Hélène-Marie MASSONE, 40 impasse de la Bade – 83000 Toulon.

YONNE : MME Odile COCHE-DURY, 25 rue Charles-Giraud – 21190 Meursault.   Tél.: 03.80.21.20.25.

 

DÉLÉGATIONS ÉTRANGÈRES :

 

ALLEMAGNE : Dr Y. NATHAN, Bismarsk strass 46 D 1419 Berlin.

BELGIQUE : Marcellin NISOLLE, 27 rue Maigret – 7330 St Ghislain.

GRÈCE : Miranda JOANNINOU, rue Adramylion – Athènes. †

SUISSE : rattachée à Rhône-Alpes en l’attente d’un nouveau délégué.

U.S.A : Richard BERRONG, 2317, 17th Street OH-44223 Cuyahoga Falls.

MAROC : Ryad SAHYOUN, collaborant notamment au quotidien « Le Matin du Sahara et du Maghreb ». Ville Chems Doha, Bd du Lido, Casa Anfa.

Russie : Mlle Liouba TCHITAKHOVA, rue Tchétchérine 12/2 Appt. 203 – 129327 Moscou.

SÉnÉgal : M. Amidou SALL, Quai 4 Senghor - BP 6319 – Dakar Étoile / Sénégal.

Thierry SAJAT

* Documents joints pour votre inscription.

Chers Poète et Chers lecteurs,

 

Alors que votre revue paraît durant la période de la vingt-deuxième édition du Printemps des Poètes dont le thème est "Le courage", vous êtes invités à parcourir, butiner au fil des pages, les poèmes qui vous plaisent et vous font rêver.

Dans ce numéro, nous rendons hommage à Yves-Fred Boisset, l’Ami Poète qui nous a quittés, pour lequel notre Académie consacrera un après-midi l'automne prochain, en présence de sa famille et de ses nombreux Amis..., pour entendre ses vers dits et chantés, pour évoquer sa mémoire.

Des poèmes et des articles étoffent ce numéro bien complet, notamment sous la plume de Louis Delorme avec son écrit sur la ponctuation ; sous la merveilleuse plume de Daniel Ancelet qui nous dit que la poésie est une chanson douce ; sous la plume non moins talentueuse de Patrick Picornot avec son bel article sur l’octosyllabe.

Nous évoquerons également le poète Gérard Laglenne que nous avons fêté lors de notre dernière Assemblée Générale, en lui remet-tant un Prix pour l’ensemble de son œuvre…

Des poètes nous rejoignent. L’ADLPF continue sa quête, défendant la poésie classique et néoclassique, celle que vous aimez.

Dans le numéro prochain nous insérerons la photo des poètes (sauf ceux qui refuseront). En effet, beaucoup me demandent qui est l’un ou l’autre auteur, si nous l’avons déjà vu, etc…  A suivre donc.

Il est important que l’Art poétique dont nous sommes les passeurs demeure dans sa noblesse originelle.

Pour conclure je citerai Horace : Est-ce à la nature, est-ce à l'art que la poésie doit son mérite ? On se l'est demandé. Pour moi, je ne vois pas ce que pourrait l'effort sans une fertile veine, ni le génie sans culture ; l'un a besoin de l'autre, tous deux s'entendent et collaborent .(Horace).

A votre plume !

Thierry SAJAT

 

 

 

 


Etoile de Noël et gui du Nouvel An
Rutilants de cadeaux, de l'éclat des guirlandes,
Vous réveillez en nous les folles sarabandes
Pour un temps retrouvées, de nos rêves d'enfant.

Un grand souffle d'amour, de paix et de bonheur
Dissipe le brouillard de l’humaine détresse ;
Chacun ressent en soi ce frisson d'allégresse
Que la nuit merveilleuse apporte au fond des cœurs.

Miracles de l'espoir, toujours recommencés
Et vœux traditionnels que l'amitié répète,
Pourquoi finissez-vous dès que s'éteint la fête, 
Que de nouveaux soucis, déjà sont annoncés ?

Que pour vous les bougies tremblantes du sapin,
Humbles flammes d'espoir près de la cheminée
Demeurent allumées tout au long de l'année
Et la paix de Noël alors sera sans fin...!
                                                

                                                 Lucette MOREAU


 

l’Académie de la PoÉsie Française avec Les amis

 de la poÉsie À Montmartre étaient présents 

 

au Salon Évasion champêtre aux Granges le roi (91)

avec le poète Louis Delorme qui fut décoré

 

Les 26 et 27 octobre dernier, à l’occasion d’un Salon Evasion champêtre (peinture et poésie) présidé par notre ami poète Louis Delorme, avec la municipalité des Granges-le-Roi près de Dourdan, et son maire, Jeannick Mounoury, ainsi que Catherine Creignou, poètes et peintres se sont rassemblés.

Dès l’ouverture du Salon nous avons pu admirer les œuvres des peintres et découvrir les recueils de poèmes des auteurs présents.

Un concours de poésie pour enfants ainsi qu’un concours des meilleurs tableaux étaient organisés.

Organisée également par la mairie, sous la présidence du Poète Louis Delorme (le dimanche 27 octobre) la création et l’inauguration officielle de la Rue des Poètes chère à son cœur, en présence de Madame Jocelyne Guidez, Sénateur de l’Essonne.

Nous devons à Catherine Creignou, poète également, grangeoise, l’organisation, l’animation, ainsi qu’une remise spéciale de Prix à notre Cher Louis Delorme (qui n’était pas au courant) pour l’ensemble de son œuvre, après qu’il eût remis avec le Maire et les représentants de la municipalité ainsi que Catherine des récompenses aux enfants pour la qualité de leurs poèmes.

C’est le Sénateur, Madame Jocelyne Guidez qui remit à Louis Delorme, de retour dans la salle d’exposition, une magnifique distinction (médaille du Sénat). Le Maire, Jeannick Mounoury, lui remit également la médaille des Granges-Le-Roi.

La poésie ainsi que la chanson furent présentes durant ces deux journées. Les poètes déclamèrent leurs vers, entourés des magnifiques toiles de nos amis peintres. Les chanteurs Pierre de la Galite et Jean-Pierre Dejou animèrent ces moments d’amitié, sous le regard heureux de Louis Delorme.

Thierry SAJAT

Nous remercions chaleureusement Monsieur le Maire et son équipe municipale pour leur merveilleux accueil, ainsi que Catherine Creignou qui, vraiment, fit le maximum pour la poésie soit à l’honneur en même temps qu’était honoré tel un maître Louis Delorme.                                  

 

  

 

 

 

 

 

 

 



Hommage à Yves-Fred Boisset

 

Par Christine Tournier

 

Ce dimanche 1er décembre 2019, un grand homme s’est éteint doucement. Il était mon mentor, mon ami, mon frère, et je l’aimais. C’était un être rare, engagé, dont la parole était toujours vraie, puissante et authentique, emplie d’intelligence et d’ironie sans aigreur. Il disait le monde sans avoir peur de dire, que cela dérange ou non, mais sans jamais d’acrimonie, même quand il s’insurgeait contre toutes les formes d’abus et de sottise. C’était un humaniste et cela transparaissait dans son écriture. En effet, il était poète, il était poète, au sens le plus noble du terme : les mots jaillissaient tout à la fois subtils et forts, non sans être dénués d’un sous bassement redoutable ; il savait tourner un vers avec talent car il était toujours dans l’essentiel. Yves-Fred était, tout simplement, « sans peur et sans reproche », exceptionnel.

La veille de son départ sur un autre chemin, nous conversions au téléphone. Sa voix était un peu haletante mais il faisait malgré tout un effort pour que je l’entende, avec gentillesse et générosité : il savait – et je savais – que c’était sans doute notre dernier entretien, aussi poursuivait-il le dialogue malgré son épuisement.

Lors de son anniversaire, le 26 novembre dernier, je lui avais adressé une carte par mail en lui souhaitant de longues années à venir. Je me permets de citer ici un extrait de sa réponse : « Est-ce enfin la fin du roman ? Il faut assumer son destin et regarder la vie en face. La mort aussi. C’est long la vieillesse et c’est mortel ».

Il avait du cran, du courage, de l’autodérision. Je ne l’ai jamais vu se prendre au sérieux même si le sérieux accompagnait sa vie. C’était un Monsieur, un Honnête Homme, droit, engagé, intransigeant vis-à-is de l’injustice et de l’avidité. C’était un humaniste - je le redis - sans conces-sion, dont le sens de l’honneur était prégnant.

Rédacteur en chef de « L’Initiation Traditionnelle » depuis de très longues années, j’ai eu l’honneur d’être son adjointe et d’écrire de nombreux articles dans la revue. Depuis quelque temps déjà – sentant la fin approcher – il avait confié la responsabilité à un homme très compétent, Bruno Le Chaux, qui doit à présent porter seul le devoir de rédacteur en chef, mais je ne suis certes pas inquiète à ce sujet. Les éditos d’Yves-Fred vibraient comme la scansion d’un message universel.

C’était un être rare, qui n’a jamais dévié de son éthique, qui n’a jamais faibli dans ses convictions, qui a déstabilisé bien des béni oui oui, mais toujours sans animosité ni prétention. Ce qu’il disait, il le pensait, il le ressentait et il le faisait.

Nombre d’entre nous font de la poésie. Lui était un Poète qui chantait l’amour des êtres et des choses, avec une intelligence et une richesse de vocabulaire exceptionnelles. J’adorais son humour froid imparable !

Ses recueils sont nombreux, aux titres évocateurs : « Des vagues et des femmes », « De colère et de feu », « De sagesse en folie » etc. J’aimerais achever l’hommage de cet ami réaliste tout ensemble qu’ésotériste, en rappelant son poème « Comment devenir vieux », extrait de ce dernier ouvrage cité :

 

Comment devenir vieux sans devenir chiant,

Est-ce irréalisable ou est-ce une gageure

D’oublier son passé mais sans être parjure,

De vivre sa tristesse en restant souriant.

 

Comment vivre longtemps sans être capricieux,

Sans être doctoral, sans brader sa culture,

Sans critiquer le monde et sa désinvolture,

Sans rejeter d’un mot les enfers et les cieux.

 

Comment voir que demain sera mieux qu’aujourd’hui

Quand on sait que demain n’est fait que de repères

Qui se diluent au gré de nos anniversaires

Et que notre futur chaque jour se réduit.

 

Je n’ai pas fait exprès de devenir vieillard,

Je le suis devenu comme on devient adulte.

Croyez-moi s’il vous plaît : vieux n’est pas une insulte

Même quand on le dit sur un ton égrillard.                   …/…

Quant à moi, mes amis, vous l’avez bien compris,

Je veux revendiquer librement sans ambages

Mon statut d’emmerdeur jusqu’aux derniers voyages.

Je n’aurai qu’un chagrin : ne plus voir mon Paris.

 

 

Yves-Fred laisse une place vide que rien ne pourra combler.

 

Christine TournieR

 

      Hommage À Yves-Fred Boisset

 

Un ami est parti car il n’en pouvait mais ;

Il voulait décider du moment du départ.

Fidèle aux convictions qu’il a toujours semées

Son souffle en un sourire a cessé d’être un phare.

 

Il était un Monsieur qu’on appelle Honnête Homme.

Sa parole était vraie et s’exprimait sans peur.

Il conspuait les sots, les avides, ceux qu’on nomme

De titre opportuns, ridicules, des gageures.

 

La force de son Verbe interpellait chacun ;

L’humour parfois grinçant corrodait les hâbleurs ;

Le rythme de ses vers désignait les requins.

Il était plein d’amour et épinait ses fleurs.

 

Il demeure à jamais en ceux qui lui survivent

Comme un phare lumineux dans les pâles relents.

Sa présence immobile invitait les convives

De rimes bien tournées à s’enchanter du vent.

 

Je ne le pleure pas car il subsiste en moi ;

Il est de ceux que l’on ne peut pas oublier.

Sa verve intelligente, ses colères, ses émois,

Résisteront au temps car nous sommes reliés.

 

Christine TournieR

Par Jean-François Blavin

 

 

HOMMAGE À YVES-FRED BOISSET

 

 

Que de souvenirs m’assaillent quand je pense à Yves-Fred Boisset que nous connaissons, Nicole et moi, depuis une vingtaine d’années.

J’ai découvert au fil des saisons un homme à la personnalité attachante, généreuse et complexe. Alors quelques remarques partielles me viennent à l’esprit.

Je suis impressionné par son travail colossal de revuiste : c’est, avec Annie, l’aventure de la revue « La Braise et l’Étincelle » , ses 120 numéros, son volume de 2880 pages au total ; une revue marquée par un éclectisme témoignant de l’incessante curiosité d’esprit de ses fondateurs : la poésie, l’art, la réflexion philosophique, les points de vue divers y compris l’esprit de contradiction à soi-même nous faisant progresser dans la recherche des vérités, incertaines et révisables par définition. Là se donnent libre cours ses analyses mais aussi ses indignations au spectacle des injustices innombrables de nos sociétés, ses colères quand il fulminait alors qu’il constatait les faux-semblants de ses contemporains et leurs tartufferies de toutes sortes. Mais, comme nous appréciions son humour omniprésent, sa causticité à toute épreuve ! Et nous saluons en poètes et artistes particulièrement sensibles, son constant jeu avec les mots, sa virtuosité.

Son amour de la langue française était intransigeant, il ferraillait sans trêve pour son bon usage, dénonçant avec virulence les déconcertants barbarismes dérivés du sabir d’aéroport ou des modes managériales, elles aussi anglo-américaines. Tous les accrocs à la langue étaient recensés, souvent plaisamment ; c’était, par exemple, je cite un article « La chasse aux fôtes »- fôtes, étant orthographié : f-ô-t-e-s.

Il n’était pas seulement homme de l’écrit mais aussi homme de l’oral, il était incisif dans ses conférences ou dans l’animation de l’Onde Poétique de Radio Enghien, qu’il dirigeait avec François Fournet, émission à laquelle je participais parfois avec Nicole. Et, au-delà de cette époque, il y a les textes qu’il nous a confiés et que nous continuerons à faire vivre dans les cercles de poésie.

Et, en fin de compte, ce qui me touche peut-être le plus, c’est le titre de son éditorial n° 117, empreint de méditation philosophique, de conviction, mais aussi d’une humilité simple et profonde. Je le cite : « Je ne suis qu’un humaniste ».

 

  Paris , le 11 décembre 2019                        Jean-François BLAVIN

 

 

 

LA MEILLEURE AMIE DE VERLAINE

 

 

Elle hantait les jours et les nuits du poète

Sans répit voletant autour de son cerveau

Pour tisser patiemment les fils de l’écheveau

Qui mettront à merci sa raison et sa tête.

 

Il n’imaginait point qu’il courait à sa perte

Et que son pas pesant l’emmenait au tombeau

Où l’attendait déjà son cher Arthur Rimbaud,

L’un et l’autre séduits par une dame verte.

 

Cette dame, dit-on, avait un charme fou,

Elle était une fée allant de feinte en feinte,

Et les hommes suivaient l’ombre de son frou-frou.

 

Mais elle était le diable en ses habits de sainte.

Dans les meilleurs esprits, elle forait un trou,

Car cette fée avait la couleur de l’absinthe.

 

                                               Yves-Fred BOISSET


 

                          « Poètes, je vous aime »                                           Yves-Fred Boisset

 

                GRAIN D’OR

 

Le reflet de sa jeunesse envolée

A sonné l’heure à la lyre d’Orphée.

Quand Cerbère laisse passer le Sort,

Au creux de sa main brille le grain d’or !

 

                           Louise ROUSSILLON

Par Louis Delorme

 

HOMMAGE à Yves-Fred BOISSET

 

J’ai rencontré Yves-Fred Boisset dans le cadre des Poètes du Dimanche, dans les années 95. Nous avons de suite sympathisé. Ce qui m’a séduit chez lui, c’est la qualité de sa langue tant pour la forme que pour le contenu. Le poète estimait qu’à côté de l’exaltation de la beauté, il y avait aussi l’engagement pour des idées incontestables. Voici ce qu’il écrivait en 98  un extrait de l’autobiographie qu’il nous avait donnée pour accompagner le premier Grand Prix qu’il avait obtenu lors de nos joutes annuelles : « Considère que la poésie est partage et, par conséquent, amitié. Mais qu'elle est aussi une forme d'engagement et qu'elle ne peut se tenir éloignée des problèmes de la société, qu'elle doit aussi servir à dénoncer les injustices et à œuvrer à la venue d'un monde plus fraternel. »

 

Voici un des poèmes qu’il m’avait donné pour Soif de mots N°5 où je l’avais invité :

les cathÉdrales

 

Comme glaives plantés dans le cœur des espaces,

Insolemment brandis sous l’arrondi des cieux

Pour drainer les courants et conquérir des grâces,

Les flèches de l’orgueil se dressent en tous lieux.

Fierté des bâtisseurs qui se disaient mystiques                                 

Mais n’étaient que dévots enchaînés à leur foi,

Les temples des chrétiens en se voulant gothiques

Servaient la vanité de l’évêque et du roi.

 

Qui, voyant s’élever les cathédrales fières,

Songe à ces inconnus, ces pauvres journaliers,

Sans rites et sans noms, tâcherons des carrières,

Exilés des secrets au fond de leurs chantiers ?

 

Chaque pierre alitée au champ de ses pareilles

Témoigne dans le temps du sang des asservis

Qui signaient chaque jour de leurs marques vermeilles

Les ouvrages montés à l’aplomb des parvis.

A Partir de l’année 99, je me suis abonné à La Braise et l’étincelle, revue engagée, philosophique, littéraire, poétique qu’il conduisait avec son épouse Annie. Une revue en grand format, imprimée sur des pages A3 pliées en deux. Revue bimestrielle, six numéros par an qui fut éditée jusqu’en 2015. En voici le bandeau :

 

LA BRAISE ET L'ETINCELLE

JOURNAL BIMESTRIEL INDÉPENDANT

AU SERVICE DE LA FRANCOPHONIE

(membre de l'Union des Poètes Francophones)

ARTS - LETTRES - POÉSIE - ÉCHOS

Dans ce numéro 119, l’avant-dernier, Yves-Fred défend ainsi la langue française :

LE FRANÇAIS A LA CARTE

Les langues radicales, telle que la nôtre, se différencient des langues construites à partir d’emprunts divers, tel l’anglais par exemple. Autrement dit, le français ( mais il n'est pas le seul ) n'est pas un puzzle mais un édifice définitif et fixé pour toujours qui, après avoir été la langue officielle et unique du Royaume de France est, à présent, celle de la République française. Ceci est inscrit dans notre Constitution et seule une bande de galopins parlementaires réunis en congrès à Versailles aurait le pouvoir d'en amender les termes. Esp que, dans leur anglophonie hystérique, ils n'iront pas jusque-là.

En raison de son caractère définitif on peut comprendre que le français n'est pas une langue à la carte, c'est-à-dire une langue dont chacun pourrait à sa guise changer les règles syntaxiques, la précision des mots et les tournures de phrases.

On ne peut donc que condamner sans faiblesse ceux qui, profitant de leur statut public (politiques, journalistes, etc. ) se croient intéressants en usant de façon outrancière de néologismes inutiles, de confusion intellectuelle dans la recherche du mot qui porte justement par sa précision et en déformant la prononciation des mots même les plus courants. Ce sont ceux-là mêmes qui se tordent la bouche et se mordent la langue pour bien prononcer les mots anglophones tout en massacrant allègrement ceux de notre langue.

Dans cet avant-dernier numéro de ce journal, je me suis permis d'attirer l'attention du lecteur sur quelques manquements au français, pour la plupart commis chaque jour et même plusieurs fois par jour.

En vérité, il suffirait généralement d'un minimum de réflexion pour éviter de sombrer dans ce regrettable laxisme.

Vouloir parler correctement sa langue et s'y efforcer chaque jour, c'est par-dessus tout respecter ses concitoyens.

Yves-Fred Boisset, rédacteur en chef.

 

Le dernier numéro de La Braise et l’étincelle fait état de :

 

1995- 2015  /  20 ans  /  120 numéros  /  2880 pages

...Et le rideau tomba sur vingt ans de partage...

 

De belles plumes se sont exprimées dans La Braise et l’étincelle. Mais nous sommes tous rattrapés par l’âge et nous avons bien du mal à passer la main car il n’y a pas toujours quelqu’un pour la reprendre. C’est le lot des activités non lucratives. Nous garderons pourtant d’Yves-Fred Boisset le souvenir d’un lutteur, d’un défenseur bien déterminé des valeurs qui nous sont chères et particulièrement celle de notre langue. Et de notre pays.

 

Louis DELORME

 


 

 Par François Fournet

 

 

Hommage À Yves-Fred

 

 

Yves-Fred, comment signifier l'ampleur de ta vie et la chance d'avoir vécu à tes côtés ? Tu étais écrivain, poète, philosophe, journaliste, confé-rencier, défenseur de la langue française. Tu savais dompter les mots et nous rendre leur saveur en sonnets et poèmes de toutes les rigueurs. Tu avais l'art de nous offrir le nectar du verbe dans sa quintessence pour le plus grand bonheur de tous. Pour toi la magie de la poésie n'avait pas de secret.

 

Mais avant tout tu étais l'ami fidèle, sincère et vrai dans tes passions et tes convictions. Tu faisais partie des tout premiers sur l'Onde Poétique de la station IDFM Radio Enghien. Par cette émission, ta voix a parcouru le monde, du Cameroun au Québec, la Belgique en passant par L'Arabie Saoudite. Tu savais ce que veut dire l’amitié et soutenait tous ceux qui avaient le don de faire vivre leur art. Dire que tu es parti est, à mon humble sens, déplacé. Tu vis en chacun de nous, dans la beauté de l'amitié et la passion d'honorer notre belle langue. Tu vis à chaque instant où nous voulons être vrais, droits et sincères dans la lumière de nos existences. Pour moi, Yves-Fred, tu étais un frère avec lequel j'avais un immense plaisir à échanger et partager nos réalisations. Lorsque je contemple le parcours de ta vie et le courage que tu as su montrer en toutes tes actions, j'affirme que tu demeures un grand. Merci de pouvoir encore te rencontrer au travers de mes plus beaux souvenirs.

 

 

François FOURNET


 

           D’OÙ VIENT LA POÉSIE

 

On demande souvent d’où vient la poésie,

De la tête ou du cœur, et pourquoi pas du ciel ?

Le poète serait un dieu superficiel,

Abreuvé de nectar, engraissé d’ambroisie.

 

Les Muses souffleraient cette langue choisie

Qui glisse au long des vers, bonheur providentiel.

Le talent surgirait, c’est l’avis officiel,

Des mythes explosés en grains de fantaisie.

 

Et pourtant il est temps de rétablir les faits,

De briser le ronron des rimeurs satisfaits,

Aux fins de dénoncer cette grande imposture.

 

Nos tercets et quatrains comme des opéras

Remontent des enfers, des ventres en torture,

Et grimpent jusqu’au verbe en griffant les chakras.

 

                                                 Yves-Fred BOISSET


 


 

Yves-Fred

 

 

La perte d'un ami
est toujours douloureuse.
Départ pour l'infini
laissant nos âmes creuses.
Il était passager
d'une aventure humaine
un noble messager
où l'amour se promène.
Il était défenseur
de notre bon langage,
du français l'âme sœur.
Il savait fort se battre
contre l'infect franglais.
et l'amerloquonplâtre.
Contre le verbe laid
qu'il estimait un crime.
Qu'il soit rondel ou lai,
de la magie des rimes
il détenait les clefs
où la beauté s'arrime.

Il était un ami,

un pur, un vrai, sincère.

Pas de mots à demi,

comme oiseau dans ses serres

sans aucun compromis.
Ne dire qu'il n'est plu !
Il ne peut être absence
mais dans nos cœurs bien plus :

de l'harmonie, l'essence.

 

François FOURNET

À Yves-Fred Boisset

 

 

C'est bien toi luttant

Poète rebelle

A travers les vents

Baignés d'Etincelles

 

Souvent incisif

Concis et nature

L'esprit léger vif

Le trait belle allure

 

A fleur de bonheur

De soleil en lune

Chantre de l'honneur

La vie à deux thunes

 

Adieu troubadour

Des modernes rives

Qui chanta l'amour

L'homme et ses dérives

 

Parti mais pas mort

Où ton âme pèse

Bien moins que ton corps

Brûlante de Braise

Parti mais pas mort.

 

 

 Willy Victor ACOULON

 

Hermine VENOT-FOCKÉ

Reçu de Johanne Hauber-Bieth

 

 

                         À ROSE PERDUE

 

 

Je n’ai pas, de mon jardin,

Ni de mon cœur qui ne l’ose,

Epuisé tout le chagrin

Ni cueilli toutes les roses.

 

Je n’ai pas connu la misère,

Ni la faim, ni le froid cinglant

Ni les sévices de la guerre,

Ni les morts dans le jour levant.

 

Je n’ai pas hurlé d’infortune,

Pour à présent n’y penser plus,

A mes amours, à la fortune

Qui, sans doute, a bien trop d’élus.

 

Je n’ai pas couru les salons

Ni les réunions à la mode

Car, juchée sur des hauts-talons,

La futilité m’incommode.

 

Je n’ai pas voulu l’indécence,

Le scandale, la célébrité,

J’ai préféré mon impatience

A m’informer de la beauté :

 

De vers que je peux à loisir

Trouver dans l’au-delà des mots,

Dans l’éclaircie de mon désir,

Même s’ils ne sont pas si beaux

 

Que le soir sur mon jardin

Et si fait que mon cœur l’ose

A contempler, c’est certain,

Toute la splendeur des roses.

 

                                                           Renée MARTY

À L’ÉVEIL DE L’ÉTÉ

 

 

 

 

                                 Bernadette ARNAUD


 

Ballade

 

 

                          CADEAU DU CIEL

 

 

Dans la nuit un grondement sourd

sut faire taire l'entourage,

une escadrille d'avions lourds

survolait notre voisinage

et la fusée en repérage

éclairait le champ de l'action,

chaque obus lançait son bagage,

tombé du ciel en explosion.

 

Les bombardements du faubourg,

indifférents de tout ouvrage,

d'une sculpture, d'une tour,

détruisaient tout sur leur passage

en ignorant que cet outrage

faisait naître l'appréhension

des victimes de ce carnage

tombé du ciel en explosion.

 

Dans le silence au petit jour

la foule tournait cette page,

s'en allait chercher à l'entour

ce qui pourrait se mettre en gage ;

la ruine offrait à l'enfant sage

des cadeaux de consolation…

un meuble, un vêtement d'usage

tombé du ciel en explosion.

 


 

Ô vous, auteurs de ce ravage,

nous ôtant la malédiction,

vous ignoriez notre héritage

tombé du ciel en explosion.

 

14 mars 2019    Michel-Angelbert LEGENDRE

 

 

* * *

Sonnet

 

 

LE FABULISTE

 

 

Si j’aime le repos, jamais je ne paresse ;

Quand il s’agit d’écrits j’adore m’investir

En récits fabuleux prêts à nous divertir,

D’une fable effacer de nos traits la détresse.

 

Je plante le décor d’une scène maîtresse

Où des êtres vivants viennent se travestir

Pour des rôles précis que je sais répartir

Où peut se côtoyer l’agnelle à la tigresse !

 

D’un style évocateur, aux termes savoureux,

J’offre un peu de mon âme à tous les malheureux,

Car pris de passion l’homme est méconnaissable...

 

Et le sort, en ce monde, est tout le temps vainqueur !...

Derrière nous laissons une œuvre impérissable !

Humain, en chaque ouvrage, il faut mettre son cœur !

 

 

                                     Abderrahmane EL GORFTÉ


 

Sauvons la Planète bleue

 

 

Ecoutez donc gémir du fond de ses entrailles

La terre qui s’endeuille en perdant ses forêts

Dans de tragiques feux qui vont l’instant d’après

Ne laisser sur le sol que cendres et pierrailles.

 

Percevez son effroi, ses hurlements d’horreur,

Quand sous les tourbillons d’un vent d’apocalypse

Une vague omnivore, en fulgurante ellipse,

Aux bras de ses remous l’étrille avec fureur.

 

Entendez ses sanglots quand l’Homme la malmène

Lui faisant endurer guerres, pollution,

Saccageant sans remords sa végétation,

Tandis qu’il l’appauvrit à la fois d’oxygène.

 

Alors que le climat joue au capricieux

Avec ses trombes d’eau puis son manque d’averses,

Contre un soudain séisme et des bombes diverses…

Comment sauver demain son globe précieux ?

 

A force d’altérer son essence vitale,

De lui laisser partout des colombes en pleurs,

En l’imprégnant de sang, d’implacables malheurs,

Au lieu d’un Paradis, sentez…l’Enfer s’installe…

 

Il est temps de comprendre à quel point son destin

Dépend de notre Amour, du Respect pour sa vie,

Afin qu’au cœur du monde, elle ait encore envie

De nous chanter le ciel comme au premier matin.

 

                                Jaclyne Durand-DemontÈs

                


 

PRIX SPÉCIAL DE L’ACADÉMIE DE LA POÉSIE FRANÇAISE

remis à Gérard LAGLENNE pour l’ensemble de son œuvre

le 16 novembre 2019, jour de notre Assemblée Générale

 à la Brasserie parisienne Les Noces de Jeannette

 

***

 

Lors de notre dernière Assemblée Générale, le samedi 16 novembre 2019, nous avons remis à Gérard Laglenne un prix pour l’ensemble de son œuvre.

Le Poète, pour raisons de santé, n’avait pu venir depuis de l’Ardèche où il réside. Cependant nous avons pu téléphoniquement échanger avec lui durant quelques minutes afin qu’il nous donne son impression sur la poésie.

Je rappelle que notre ami est le créateur de la gérardine, forme poétique régulièrement employée, notamment par Christiane Rolland dont je joins deux gérardines…

Gérard Laglenne est un très grand poète reconnu et lauré par de nombreux Prix poétiques. Il a publié de nombreux ouvrages dont le dernier intitulé Formes poétiques Occidentales, Orientales et Genres Obsolètes, encore pratiqués.

Afin de présenter le poète et l’Ami des poètes, j’insère la quatrième de couverture de son ouvrage Un long regard sur ma vie :

 

Quels sont les meilleurs propos pour définir cet excellent poète qu’est Gérard Laglenne ?

C’est un honneur pour moi de rédiger ces quelques lignes pour un grand Monsieur de la Poésie Française dont le verbe classique coule naturel-lement, N’oublions pas qu’il est Officier des Arts et des Lettres.

  Sous la forme la plus noble qu’offre sa poésie, Gérard Laglenne compose avec sagesse depuis des décennies. Il est même le créateur des gérardines qu’adoptent notamment quelques poètes de l’Académie de la Poésie Française où ses Belles Lettres sont remarquées continuellement. Ce poète dans ses écrits laisse une trace indéniable de son âme autant que de son cœur.

Parce que l’auteur a la grâce des mots, vous l’aimerez. Dans cet ouvrage il nous présente le parcours de sa vie d’homme et de poète, son œuvre. Tout chez lui caractérise le véritable poète, l’écriture et les idées d’un homme juste et droit, ses idéaux.

Parce que l’homme et le poète ne font qu’un sur les rives du temps où bruissent ses plus beaux alexandrins, où tout semble familier à l’auteur dont les créations poétiques sont profondes, donnant à chaque texte une vérité, une autre authenticité.

La vie de Gérard Laglenne est irrésistiblement conduite à la quête la plus haute de l’esprit…

Très fraternellement….

 

Le poète reçut de la part de notre Académie deux bustes de Victor Hugo dont l’un avait envoyé par notre fidèle amie Johanne Hauber-Bieth qui avait ajouté un acrostiche de l’auteur (lire page suivante).

 

Thierry SAJAT


 

 

Gérardine

 

LA GÉRARDINE*

 

 

Le poème est servi par l’éclat du sonnet ;

Devons-nous pour cela, bannir la Gérardine ?

Au poète elle a plu ; depuis il la connaît

Et n’en fait pas du tout une sœur anodine,

Elle peut figurer dans son fameux carnet.

 

Avec beaucoup de charme elle agit en sourdine,

Parfois, nous révélant un sens vraiment profond,

Forme fixe et moderne, on voit la gourgandine

Qui devient difficile et soudain nous confond.

 

Demeurant attentif, celui qui veut apprendre

Revisite ses vers, tant pis s’il se morfond,

Sachant qu’en écriture, un vaincu doit se rendre.

 

Afin que ce travail ne soit pas tristounet ;

Reformulons les mots pour savoir l’entreprendre,

 

Sans rester asservi par l’éclat du sonnet.

 

 

 31 janvier 2019            Christiane ROLLAND

 

 

 

*Quinzain  décroissant formé de quinze  lexandrins (5, 4, 3 ,2,1) .

L’auteur de cette forme fixe moderne est Gérard Laglenne

d’où le nom de gérardine

 

Gérardine

 

LA MÔME

 

 

Je n'aurais jamais cru qu’un air si nostalgique

Puisse tant m'émouvoir au point de larmoyer.

C'était la môme Piaf dont la voix énergique

Avec ses trémolos savait apitoyer,

Donnant à sa chanson une allure tragique,

 

Propre à séduire un homme ou la femme au foyer.

Même encore aujourd'hui l’on connaît l’interprète

Pour qui l'hymne à l'amour était un plaidoyer ;

Elle écoutait son cœur tourner sur la planète

 

Et demeurait touchante avec tous ses défauts,

Acceptant de souffrir quand la flamme s'arrête

Mais prompte à vivre encor de nouveaux soubresauts.

 

Créant un univers qu'elle voulait magique

Et souvent irréel, avec des bas, des hauts,

 

Donnant à sa romance un air si nostalgique.

 

 

 3 février 2019                        Christiane ROLLAND


AUBADE…

 

 

Je suis poète, et je m’en vante :

C’est si bon de chanter son cœur !

Lorsque la vie est trop méchante

Tous ces jolis mots que j’invente

Je les récite ou je les chante

Comme un remède à la rancœur…

 

Dans mon éden imaginaire

Le roman finit toujours bien !

Une histoire extraordinaire,

Le plus bruyant coup de tonnerre

Ou le ciel inondant la terre,

Je ne s’étonne plus de rien…

 

C’est si doux de créer soi-même

Des mondes enchantés, nouveaux,

De conter son rêve, en poème,

Pour lui donner tout ce qu’on aime

Et, comme des fleurs que l’on sème,

Y jeter ses vers les plus beaux

 

              Extrait de

La malle de souvenirs du Ranc ardéchois…

Gérard LAGLENNE


 

MI MAJEUR

 

 

Architecture cristalline

Vers le flot bleu envole-toi !

Gouttes de pluie, gouttes de joie,

Eclaboussez sans fin les toits

Quand naît une aube violine !

 

Risquer son cœur, risquer sa vie

Pour un Art où tout est mensonge

Et vérité comme en un songe

Eternisé, Virtuose plonge

Prestissimo l’âme ravie !

 

Elle cherchait la transparence

Et travaillait en mi majeur

Parmi les octaves moqueurs.

Elle brodait la robe à fleurs

D’une aurore en effervescence.

 

Lever du jour où le ciel jase

Parmi les parfums de la Terre !

Toute sonate a son mystère,

Toute pianiste doit se taire

Quand meurt une naissante extase.

 

                           Bernard BAILLY

 


 

Sonnet

 

LA REINE DE LA NUIT

 

 

Quand vient le vieil hiver et sa neige poudreuse

Semant ses blancs flocons, graines d’éternité,

On dirait que le temps ici s’est arrêté

Quand revient la saison des fêtes rassembleuses !

 

Le vent vient nous chanter ses anciennes berceuses,

Par cette mélodie, on est presque envoûté,

Regrettant le soleil lumineux de l’été

J’ai peur du froid glacial car je suis très frileuse !

 

Le village s’endort sous un grand manteau blanc

Et je rêve en secret à ces Noëls d’antan,

Les anges du Seigneur chantaient dans la nuit brune !

 

Leur chant mélodieux venait de l’infini,

En haut du firmament, qui donc plume la lune ?

Un être merveilleux, la Reine de la Nuit !

 

Marie-Claire GRANDCOIN


 

Sonnet

 

 

L’AURORE

 

 

Le jour se lève enfin ; l’aube miraculeuse

Eclabousse d’azur Séléné qui se meurt,

La houle des blés mûrs fait danser leur blondeur,

L’aurore resplendit, sereine et lumineuse.

 

L’angoisse de la nuit, comme une nébuleuse

Par quelque enchantement dissipe sa noirceur,

Quand l’esprit s’arrachant à sa lourde torpeur

Voit s’ourler l’infini de lueur onduleuse.

 

Les étoiles du ciel ont perdu leur éclat

Dans le jour qui renaît en pastel délicat.

La brume se dilue à l’encre diaphane

 

De l’aube promettant un radieux matin…

La lune disparaît comme une fleur se fane,

Discrète, à pas feutrés dès que la nuit s'éteint...

 

 

Annick PORCHERET


 

Quintil      Acrostiche

 

                      LE DÉSERT

 

Dites-moi le silence en l'espace emmuré

Et l'absence infinie toujours renouvelée

Sans confins esquissés, l'éternité des dunes

Et le soleil qui cuit et puis le froid de lune,

Racontez-moi tout ça et soyez plus disert

Tant je voudrais me fondre en l'âme du désert.

 

                                                          Mikeno

 

Sonnet

 

                   VIVRE EN POÉSIE

 

La douceur des câlins prélude à la tendresse

D'un regard que l'on croise ainsi qu'il vous sourit.

C'est donc dans la foule, et au milieu du bruit,

Qu'on semble bousculé par le flot qui se presse.

 

Il faut marquer l'arrêt envers qui l'on s'adresse

Et par phrase anodine, au sujet du circuit,

Poser une question sur celui que l'on suit,

Espérant obtenir réponse qui s'empresse.

 

Le contact établi, faut-il un peu d'humour

Pour répondre à la joie en esquissant l'amour ?

Bientôt à converser entre nous deux s'échangent

 

Des propos qui, très vite établissent des liens,

Qui uniront sans doute un couple alors aux anges

Dont les corps dénudés, soudés seront si biens.

 

Alain Marquis de DAY

Sociétaire de l'Académie de la Poésie Française

Voici un texte écrit suite à une discussion avec jean Aubert qui pensait qu’un poème n’avait pas vraiment besoin de titre.

 

Pourtant c’est bien pratique de le nommer pour l’identifier. Alors j’ai eu l’idée de placer le titre en chute du poème qui est normalement le moment fort du texte.

 

Voilà ce que cela donne :

 

 

 

 

Je veux tuer la mort, l’étrangler de mes mains.

De mes mains qui tremblent… Mes mains mouillées de larmes,

Comme des armes… Reprendre des lendemains.

 

Je veux tuer la mort, déclencher des alarmes.

Du clocher de l’église indiquer le chemin.

Etrangler la mort dans un funeste vacarme.

 

Puis voir la mort pendue aux aiguilles du temps.

Ressusciter l’amour au parfum d’immortelle,

Comme un souffle divin venu de l’océan.

 

Danser en farandole enfin l’enterrement

De la mort en son suaire. Elever une stèle.

Fêter la fin du rien, le néant du néant.

 

 

                Tuer la mort.

 

Pascal LECORDIER

 

 

 

Dialogue

 

GLISSADE

 

(la limace et l'escargot)

 

Sur une pierre une limace

avance et laisse derrière elle

une grasse et brillante trace,

une signature en laquelle

on reconnaît le nom, la race

et les facultés de la belle,

 

Sur le chemin, un escargot

laisse une trace tout autant ;

sa maison n'est pas un fardeau

mais protège du froid, du vent,

quand il gèle, il y reste au chaud,

il en est fier assurément,

 

La limace dit :"Quelle histoire !"

et sans vouloir une bataille

elle conte ce qu'il faut croire :

Il finit dans les victuailles

et sa coquille devient noire,

il grille comme les volailles,

 

L'escargot trouve des copains

rangés par douze dans des plats,

beurre, persil, poivre et sel fin,

c'est bientôt l'heure du repas

mais lui qui se croyait malin,

le festin, c'est pour son trépas,

 

15 juin 2019   

Michel-Angelbert LEGENDRE


 

             CENT ANS

 

Dans sept ans, j’ai cent ans !!…

mais qu’importe l’orage

de la vieillesse en nage

accélérant le temps !

 

Il coule, s’évapore, 

héberge les secondes

mettant sans cesse au monde

le bon ou mauvais sort !

 

Marie-Thérèse ARNOUX

 

***

 

TombÉe du jour sur la cÔte d’Adaman

 

L’arbre à la peau d’éléphant craque sous le vent

Sur sa cime un nuage éthéré se repose,

Se dilue, se disperse dans les courants,

Le ciel se reprend et se découvre de rose.

 

Demain, au petit matin, ils partiront loin,

Les bateaux porcs-épics croisant les longues-queues

Dans les vapeurs d’essence et l’odeur de vieux joints,

Pêcher crevettes, seiches et daurades bleues.

 

Les martins tristes volent un reste de pain

Ils babillent en chœur leur mélodie informe

Puis, se chamaillent comme de vilains gamins

Donnant des coups secs de leur bec jaune uniforme.

 

Le soleil tombe à pic dans la mer d’Adaman

Se noyant en silence à l’autre bout du monde,

Les cris s’éveillent et peuplent en un instant

Cette nuit naissante qui passe en vagabonde.

 

                                              Pauline AMBROGI

Bout-rimé

 

                          PEINTURE D’AUTOMNE

 

 

Hélène-Marie MASSONE

 

TENDRES ACCORDS

 

 

LE PRINTEMPS DE MONTMERLE

 

 

Montmerle évoque aux uns la voix de Mick Micheyl,

Pour moi c'est un printemps lorsque monte la sève.

L'image de Marie, en robe vert pastel,

Qui me tenait la main, revient parfois en rêve.

 

Certains après-midi, me guidant vers les prés,

Elle aimait me montrer dans un ruisseau d'eau claire

Des têtards affolés, des oiseaux juste nés

Piaillant dans leur nid pour appeler leur mère.

 

Chaque leçon de chose était en vérité

Prétexte pour parler, avec pédagogie,

De l'amour qui s'éveille, en nous, en liberté,

Eclatant ses bourgeons pour fleurir notre vie.

 

Puis nous restions longtemps côte à côte allongés

Dans le parfum de l'herbe en haut de la colline ;

Je cueillais quelques fleurs d'un pommier des vergers

Et j'ornais les cheveux de sa tête câline.

 

J'ai toujours souvenir de ces tendres moments

Où je sentais mon cœur découvrir la chamade,

Sous mes mains émergeaient de nouveaux sentiments

Et mon corps qui tremblait lors de chaque embrassade.

 

Mais après les baisers de trop jeune artisan,

Mes caresses par jeu qui montaient sous sa blouse,

Elle riait de moi, timide courtisan :

Elle avait dix-huit ans, et moi.... j'en avais douze.

 

Guy Hugues BELLEM

 

 

Jeanne Champel-Grenier

J’ai interrogé l’eau le vent la pluie la plaine

Et l’eau m’a répondu : ce n’est par moi ton Dieu

Et le vent qui courait ce soir à perdre haleine

En riant m’a jeté ces mots comme un adieu

 

La pluie compatissante a baigné mon front pâle

Et doucement m’a dit : va chercher cherche encore

Je me suis égaré dans les mille dédales

Du labyrinthe de la mort

 

J’ai demandé ma route à la plaine apaisante

Et la plaine impassible à mon âme s’est tue

Patiemment j’ai suivi tous les sentiers ardus

Pour me trouver enfin dans l’humble obéissance.

 

Extrait de Rose solitaire 

Meg GALLETTI-BOUCROT

 

***

 

 

LES ÉTOILES

 

 

De nos astres aux cieux quand luira l’hyménée,

Images de ma peine où vous enfuirez-vous,

Et te dirai-je encor, Muse prédestinée,

« Le plaisir est frivole et les rêveurs sont fous »,

De nos astres aux cieux quand luira l’hyménée

Et quand l’amour cruel, enfin, me sera doux ?

 

                             Philippe CHABANEIX

 

                   

 

 

 

 

 

 

 

Nicole Durand

UN ARC-EN-CIEL

 

                                                      À Maryse Gévaudan

 

 

Un vibrant arc-en-ciel couvrait le cimetière

De ses douces couleurs sorties de nulle part ;

Il venait, sublime, honorer ton départ

Et t’embaumer d’amour avant ta mise en terre.

 

Tu explorais les rues de Montreuil à Voltaire,

Des quais de la Seine aux néons des boulevards,

Dénichant des cafés, des passages, des squares…

Tu marchais joyeuse, hardie et volontaire.

 

Ton encre survivra, indélébile amour,

Et coulera légère en nos jardins-poèmes

Comme une rivière argentée suivant son cours.

 

Tu étais troubadour, tu étais la bohème

Tu sortais ton chapeau débordant de chansons

Ta voix sera gravée au cœur de nos saisons.

 

 

Paname, le 5 février 2020

Jean-Luc EVENS


 

Lai

 

 

DÉSAMOUR

 

 

Des petits bisous

Tant de mots si doux

Aimable

 

Ils s’aiment, c’est tout,

Est-il donc jaloux

Le diable

 

Est-ce le Vaudou ?

Ou le loup-garou ?

Coupable

 

Tirons le verrou.

Voir le guilledou ?

Minable

 

De cet amour fou :

Un tas de cailloux !

Du sable

 

Extrait de Poésies

 

Marie-Louise GHIO

 


 

Sonnet                       

 

 

                                              COLETTE

 

 

Ce prénom qui résonne évoque un jour de fête

Puisque je t’ai connue, instant béni du ciel,

Au cours d’un mariage, imposant, solennel.

Nous étions invités : ici, le temps s’arrête.

 

Cupidon, d’une flèche, enfanta la tempête

Et nos esprits troublés d’un amour irréel

Ecoutèrent Psyché, d’un ton surnaturel,

Leur parler du bonheur, de l’union parfaite.

 

Tu m’as fait découvrir en la paternité

De multiples plaisirs, maillons d’éternité,

Enchaînant nos deux cœurs dans un lien idyllique.

 

Mais il est un secret que je ne puis tenir :

J’ai senti dans tes bras une douceur unique,

La beauté d’un regard tourné vers l’avenir.

 

Jean-Louis HIVERNAT

 

Extrait d’Arrimages, Prix du Terroir 2016


 

Par Yves Tarantik

 

 

Juste un mot

 

            Un jour, par hasard, un ignorant lâcha le mot « expertise » à la place du mot expérience. Il trouva ce mot si beau, qu’il le répéta à un idiot, qui l’adopta aussitôt. Pensez donc, expertise vous avait un je ne sais quoi de plus chic que l’enfantin mot expérience. Dieu sait, et vous aussi je suppose ? que le monde ne manque pas d’imbéciles à l’esprit moutonnier. Et les imbéciles se coagulant aisément, de proche en proche, le mot expertise fit rondement florès.

            Toujours à l’affut de nouveauté, les agences de Pub, pouponnières de bobos serviles au service de la novlangue, s’en emparèrent à leur tour, et faisant preuve d’une créativité de cloportes agonisants, elles le portèrent au pinacle des écrans publicitaires qui lavent quotidiennement le cerveau de nos chers téléspectateurs.

            Ainsi, en peu de temps expertise prit la place du mot expérience.

            Le plombier manquant d’expérience y gagna en expertise, de même que le garagiste ou l’apothicaire. Nos journalistes-chambres-d’écho, le reprirent promptement sur les prompteurs leur servant de cerveaux.

Se donner à l’heure des informations, une posture de grammairien distingué n’était certes pas à négliger.

            Ledit mot se mit alors à côtoyer son aîné qui l’avait précédé de quelques années. Je parle bien sûr de l’incontournable : renseigner ! Il faut dire que notre Administration française, qui fait, comme on le sait l’admiration du monde entier, y avait mis du sien : Aujourd’hui plus personne ne complète un formulaire ni ne remplit un questionnaire, c’est ringard : On le renseigne !

            Quant au passant égaré qui cherche son chemin je suppose qu’on l’égare un peu plus… ça lui apprendra à ne pas se compléter ou à se remplir avant de partir.

            Finalement dans ce monde de progressistes ahuris, le bon français n’a plus sa place… les mots sont sans importance, les plus affétés sont les bienvenus. Chacun s’exprime comme il veut… ou comme il peut ! Et si vous croyez avoir un jour entendu un candidat à la Présidence de la République dire à son adversaire : « Je m’y engage, moi je ne toucherai pas au pouvoir d’achat des retraités, contrairement à vous monsieur… » dormez en paix braves gens, il n’a pas menti, il a juste changé d’avis car c’est un homme moderne pour qui les mots se jettent au linge sale avec ses chaussettes et qui, pour paraître beau, en choisit de plus novateurs. Bien sûr la clarté de la langue y perd un peu, mais baste, le chic lui, y gagne énormément.

            Les anciens nous l’ont dit : Quand on pense avec les pieds, il est très cohérent de marcher sur la tête.

            Sur ce je vous quitte, je dois aller renseigner ma feuille d’impôts concoctée par les génies de Bercy qui, dans ce domaine, ont toujours fait preuve d’une expertise professionnelle dépassant l’entendement du citoyen que je suis, médusé par tant de beauté.

                                                                  2018, Yves TARANTIK

 

Expertise : Analyse faite par un expert, souvent mandaté, pour évaluer quelque chose

    Expérience : Connaissance(s) ou pratique acquise au contact de la réalité, de la vie, par une longue pratique (avoir de l'expérience). Donc fruit d’une acquisition.

 

 

 

Sous l’égide de l’A.D.L.F. le samedi 6 juin 2020

 

Sortie printanière à Château-Thierry & environs

 

Sous la houlette des propriétaires nous visiterons le Château de Condé sur la route du Champagne, suivie d’un excellent déjeuner où vous serez traités comme des princes.

 

Nous nous rendrons ensuite au Musée jean de La Fontaine à Château-Thierry, dans la maison natale du fabuliste.

Le musée Jean de La Fontaine est un musée d’art et d’histoire essentiellement consacré à Jean de La Fontaine et à son œuvre.

Inscription : 55 Euros par personne (prix comprenant La visite du Château de condé dit « La demeure des princes » ; Apéritif au champagne offert par l’association ; Déjeuner au château ; Visite commentée à Château-Thierry)…. 

Renseignement complémentaires au 0688337524 (T Sajat)

 


 

 


GALA ET DALI

L’éternel amour

 

 

C’est un peintre éternel au pied d’une odalisque

Tout comme Vélasquez, il aime l’Orient

Sensuel, coloré par cet étrange disque

Qui se nomme soleil et rend l’esprit brillant

 

Il a pris ses pinceaux, ses couleurs et sa toile

Pourtant il a au cœur un trou resté béant

Il revoit sa peau nue, son visage d’opale

Splendide, immense et triste, il a peint l’océan

 

Sa muse n’est plus là, il regarde les flots

Qui s’étendent au loin où se couche le ciel,

Le satin des roses aux couleurs de sa peau

 

Sa palette a perdu la douceur arc-en-ciel

Qui éclairait toujours le grain de ses tableaux

Il s’appelait Dali, Gala était son miel.

 

 

                             Jeanne CHAMPEL GRENIER


 

Sonnet

 

 

NOCES DE DIAMANT

 

 

Nous vécûmes heureux, une vie en partage,

Sur le sentier fleuri de soixante printemps.

Dans un hymne à la joie aux rythmes envoûtants,

L’amour s’est invité chaque aube davantage.

 

Un immense bonheur, ce fut cet héritage

De nos six petits-fils, des êtres épatants,

Emplis d’affection qui nimbe les instants.

Là-bas, une montagne abrite l’ermitage,

 

Accueillante demeure, il faudrait la bénir,

Tant elle a su séduire afin de réunir.

Si parfois l’existence est porteuse d’alarmes,

 

Nous goûtons la saison d’automne adamantin,

Avec courage, espoir, de véritables armes,

Nos cœurs aimants tendus au souffle du destin.

 

26 avril 1958 - 26 Avril 2018

 

                                       Ginette DENCAUSSE

 


 

Par Roland Jourdan

 

 

ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY

 

Le Comte Antoine de SAINT-EXUPÉRY naissait à Lyon le 29 juin 1900. Celui que tous ses amis et compagnons appelaient familièrement « Saint-Ex » et qui recommandait à sa mère, sur les enveloppes : « ...ne m’appelez pas Comte... », fut un homme d’action en même temps qu’un humaniste et philosophe moraliste.

Ecrivain, poète, noble de cœur et d’esprit, il était aussi as de l’aviation nouvelle et héros, d’une puissante volonté.

Ingénieur, il avait fait déposer plusieurs brevets techniques. Pilote d’essai, pilote de ligne (Toulouse-Casablanca), de la Société Latécoère à l’Aérospatiale (1927), dont il prendra la Direction à Buenos-Aires en 1929 (création de la ligne pour la Patagonie).

Il pensait et écrivait que les vertus de l’amour pouvaient conduire à la foi, toute en recherchant la méditation dans des solitudes dangereuses (avion, désert, nuit). Mais il avait la morale du Devoir lié au désir d’une vie spirituelle, sans oublier ses nobles et chevaleresques origines, « Ce chevalier errant » disait de lui l’écrivain Claude Roy.

Ecrivain heureux, ses premiers romans connurent le succès immédiat.  Courrier Sud (1927), Vol de Nuit (1931), Terre des Hommes (1939), il fréquentait la Comtesse Louise de Vilmorin et les écrivains André Gide, Henri Bataille, Albert Samain, Marcel Proust, etc.

Homme de son époque, pilote de guerre, Commandant, il souffrit de la défaite de l’Armée française mal préparée… Mais il trouve l’Armistice indispensable (plus de 100 000 morts par les seuls combattants) ; puis il condamne Pétain pour la violation de la Zone libre. Mais il refusera de rejoindre De Gaulle (qui lui en tiendra rigueur) et se ralliera au Général Giraud pour combattre à Alger avec les aviateurs alliés.

Ecrivain angoissé, il écrit toujours. Pilote de Guerre, c’est Lettre à un otage (1942). Poète et philosophe, il fait paraître Le Petit Prince en 1943 tout en continuant son œuvre maîtresse, La Citadelle qui sera une édition posthume (1948).

Il disparaît en mer le 31 juillet 1944…

Outre mes recherches bibliographiques et des citations de Saint-Exupéry (c’est ma façon d’inciter à la lecture des œuvres d’un auteur), je voudrais vous recommander le superbe « Saint-Exupéry 1900-1944 », article de 7 pages écrit par Madame Lucette MOREAU, lauréate de l’Académie Française et Présidente des Amitiés Littéraires du Gâtinais et paru dans le numéro 162 Automne 2000 d’Art et Poésie de Touraine (centenaire de la naissance de Saint-Exupéry).

 

GLOIRE donc à ce Poète-héros !

                                

                        À Antoine de Saint-Exupéry (1900 – 1944)

 

     

 NOTRE POÈTE AVIATEUR

 

J’ai voyagé, tu sais, avec ton Vol de Nuit

En redoutant l’éclair et l’ondée attendue,

J’ai survolé inquiet le désert infini

Du sable amoncelé de la grande étendue.

 

Puis, pour me délasser tant l’âme que l’esprit,

Je suis tombé joyeux sur l’Étoile voulue

Où l’on retrouve enfin un prince si gentil

Qu’il redonne aux enfants l’espérance perdue.

 

Capter en voyageant une pensée qui fuit,

Afin de respecter l’Inspiration promue,

C’est voir avec le Cœur, sans autre contredit,

Et voguer dans le ciel bien plus haut que la nue.

 

                                            Roland JOURDAN

 

Ecrivain et Poète Français, Aviateur de commerce et de guerre, disparu en Méditerranée avec son avion, le 31 juillet 1944 ! Il y a 75 ans.

Sonnet

 

 

JALOUSIE

 

                                                                  A Thierry Sajat

 

Dieu m’eût-il accordé quelque peu de génie,

De caresser la bosse de Quasimodo,

Que je n’eusse composé El Desdichado.

Il l’avait réservé à Gérard Labrunie

 

Ou Gérard de Nerval. Non plus qu’il m’eût permis

D’écrire le sonnet « Heureux qui, comme Ulysse… »

Afin que mon destin se scelle et s’accomplisse,

Je voyais aussitôt mon talent affermi,

 

Joachim du Bellay, lui, me prêtant sa muse

Au lieu de la tenir pour lui tout seul recluse,

Et pour Paul Valéry, je dis pareillement,

 

Cimetière marin assurait ma fortune…

Mais je cherche à chacun querelle d’Allemand,

A ces poètes, je ravale ma rancune !

 

                                           Jean BERTEAULT


 

 

                 SAISONS D’AMOUR

 

 

Ton absence me hante au rythme des années,

Gravant le souvenir d’un rayonnant chemin ;

Quand nos yeux éblouis se tournaient vers demain,

Le temps ne comptait pas les heures égrenées.

 

Que d’enivrants soleils, de rives sillonnées,

Ont doré notre amour sur un vieux parchemin,

Par ces jours lumineux où tu prenais ma main,

Rejaillissait l’émoi des choses surannées.

 

Mon âme au désespoir pleure sa Chandeleur,

L’espace d’un sanglot épanche ma douleur,

Tout rêve semble fuir et ma nuit se devine.

 

Car ce bonheur n’est plus : sortilège infernal ;

Il nous grisait pourtant d’une moisson divine,

Mais demeure, en mon être, un éternel fanal.

 

 

                                            Geneviève NEYMOZ


 

LA CALANQUE

 

Un coquin de mistral nous flanque     

Des coups rageurs il faut marcher

En s’accrochant bien aux rochers       

Sur le chemin de la calanque   

 

Au paysage rien ne manque            

Le soleil tarde à se coucher             

En ses draps d’or effilochés            

Les hommes jouent à la pétanque                            

 

Reviendront-ils les jours heureux  

Où nous allions unis tous deux

Perdre le nord en randonnée             

 

Et le soir retrouverons-nous            

Le goût de la soupe au pistou         

Et le feu dans la cheminée 

 

 

 

Rondel

QUAND DANSERONS

 

Quand danserons bientôt

Au dernier bal musette

Pas besoin de claquettes

Y suffiront nos os

 

Comme joyeux grelots

Sonneront nos squelettes

Quand danserons bientôt

Au dernier bal musette

 

Et pour nos doux propos

Nos tendres amourettes

Aurons mains maigrelettes

Aurons baisers sans peau

Quand danserons bientôt

 

Daniel PIGNIER

            EN PARTANCE

 

 

Moi je suis encore en partance

Pour traverser les apparences.

J’ai vécu depuis le départ

Dans un désert de nulle part,

J’espère encor, c’est ma faiblesse,

Une oasis riche en promesses.

Voulant le rire et le meilleur,

J’ai la nostalgie de l’ailleurs.

 

Moi je suis encore en partance

Pour vivre enfin des jours d’enfance,

Des jours de joie, de source vive,

Des rêves fous, de nuits festives,

J’aurais dans l’Eden chaleureux

La griserie des jours heureux,

Des jours où je, bonheur suprême,

Serais en paix avec moi-même.

Pour vivre enfin des jours d’enfance,

Moi je suis toujours en partance.

 

 

                               Henri TOMAS

 

 

           CULTURE

 

Je n’ai même pas un radis

pour investir dans ma culture

et s’il me reste l’écriture

c’est pour des prunes que j’écris.

 

 

 Michel-Angelbert LEGENDRE

Sonnet

 

                  AMOUR COURTOIS


Le teint pourpre en émoi d'un visage attentif
Attendri par ta grâce implore ta clémence,
Car mon cœur ébahi me pousse à la démence,
Qu'un prince accepterait sensible à ce motif.

Ta belle silhouette inspire un œil fautif
Subjugué par ce charme empreint de véhémence.
L'amour réduit en cendre avant qu'il ne commence
S'élève en saisissant cet instant fugitif.

Dans l'espoir d'un voyage en couple inséparable
Je me présente à toi, promise incomparable,
Pour te soumettre enfin ma profonde ferveur.

En poursuivant ce vœu sans vouloir te déplaire,
Oserions-nous vivre un parcours exemplaire ?
Te courtiser longtemps plaide en cette faveur.

 

                                                       Didier PORCHAIRE

* **

                                                                    À Thierry Sajat

 

Que vois-je en arrivant ? Partout, partout des livres !

Sur plusieurs épaisseurs, du plancher au plafond.

Etourdissant spectacle à en devenir ivres.

Certains semblent dormir, tout en haut, tout au fond.

 

A hauteur du regard, d'autres poussent leurs titres,

Des planches se pliant sous le poids du papier,

D'impudiques recueils ouvrant grand leurs chapitres

Impatients d'être lus, s'écroulent à vos pieds.

 

                                                        Michel TOYER

Lai

 

Avec la musique,

Simple ou fantastique

Relais

D’images magiques

Formant un épique

Ballet,

La piste acoustique

Ouvre un harmonique

Volet.

 

    Francis BAUDIC

* * *

           

             ARRIVÉE MOUVEMENTÉE

 

A quoi se résume la vie ? Arrivée, départ ?

Quoi d’autre entre les deux ?

 

 

Le temps va bien finir par passer devant moi,

Me laissant immobile, extérieur à sa marche ;

J’aurai dès lors cessé d’être le patriarche

Qui pense ne plus atteindre la fin du mois.

 

Plutôt que de la peur, je veux un peu d’émoi

Quand il faudra partir, abandonner cette arche

Où j’avais fait mon nid, après bien des démarches

Et des tribulations : je n’avais pas le choix.

 

Un jour, sans préavis, nous arrivons au monde

Mais de quoi crions-nous aux premières secondes ?

De surprise, de joie, de peur, de déception ?

 

Ce n’est donc que cela le prix de la conscience ?

Ce n’est que le début des luttes, des souffrances.

Peut-être aussi celui d’une grande passion !

 

    Louis DELORME

 

 

 

 

 

 

L'Arche des arbres perdus

Nicole DURAND

 

 

 

 


 


Rondel

          

 

A l’heure grise du matin

J’entends la cloche qui résonne

Et me rappelle mon destin :

Les jours et les jours monotones

 

Où je remâche mon chagrin,

La tristesse qui m’empoisonne :

A l’heure grise du matin

J’entends la cloche qui résonne.

 

Et, alors, je décide, enfin

Que ce malheur qui me bâillonne

Doit me quitter, cet assassin,

Pour le bonheur : Je le claironne,

A l’heure grise du matin !

 

Annie LEROY

 

***

 

 

Virelai

Un nouveau couplet,

Maigre ou plus replet,

Honore

L’image aux reflets

Prise en son filet

Sonore.

Ce plaisir complet

Sans cesse nous plaît

Encore.

 

    Francis BAUDIC


 

Par Jean-Pierre Mercier

 

 

Maillet

 

                      LE VOICI REVENU...

 

 

Le voici revenu le jour porteur de vœux

De santé, de bonheur, d’existence prospère,

De chance et de richesse, ou de gros gains aux jeux

Enfin, tous les souhaits de ce que l’on espère !

 

« Bonne Année ! » à chacun… Pour que tous soient heureux

Le voici revenu le jour porteur de vœux

Tout chargé des espoirs et quelques fois d’étrennes

Qui feront se sentir, les petits, rois ou reines !

 

Et puisque l’an passé retrouve ses aïeux

Avec au cœur, ma foi toute sa souvenance

Le voici revenu le jour porteur de vœux

Tout beau, tout neuf, tout ivre de luminance !

 

Alors, dans tous foyers, l’âme et le cœur joyeux

Pour fêter l’An Nouveau, débouchant le champagne,

Nous voici réunis, en mer, ville ou montagne.

Le voici revenu le jour porteur de vœux !

 

 

Heureuse Année DEUX MILLE VINGT !

Et que tous vos désirs, ainsi, se réalisent !

 

                                                 Johanne HAUBER-BIETH


 

Rondel

 

 

RONDEL D’AUTOMNE

 

 

Les feuilles tombent doucement.

L’automne, déjà, nous arrive

Et nous mène sur l’autre rive

Du temps qui, désormais, nous ment.

 

Le ciel gris, désespérément,

L’été qui part à la dérive…

Les feuilles tombent doucement.

L’automne, déjà, nous arrive.

 

Doux repos et tendre moment :

Le cœur s’apaise. – Ah, que j’écrive !

Avant que l’avenir me prive

Du rêve que j’ai de froment.

Les feuilles tombent doucement.

 

 

                                   Guy FEUGIER


 

Sonnet

 

 

TANT CHANTE-L’ON NOËL QU’IL VIENT (1)

 

 

Tant chante-l’on Noël qu’il vient,

Le voici donc à notre porte… !

Que faudrait-il qu’il nous apporte

Pour le bonheur du genre humain ?

 

Un grand espoir qui nous exhorte

Voudrait que se tendent la main,

Pour un perpétuel lendemain,

Les âmes qu’un flux réconforte,

 

Et qu’enfin rayonnent la paix,

La foi, l’amour et le respect

Que le Christ apporte en ce monde,

 

Une lumière qui l’inonde

Et qui loin de tout anathème

Réponde au seul slogan : je t’aime !

 

 

Georges RABAROUX

 

 

(1) : Un vers de François Villon (1431-1463)

LA CHANSON

 

 

Ô la chanson suave à mon oreille émue !

Ses notes voltigeaient autour de lèvres roses.

Ses paroles disaient de bien plaisantes choses.

Ô la chanson suave à mon oreille émue !

 

Ses paroles disaient de bien plaisantes choses :

Un grand ciel de saphir, un sable de vermeil,

Les caresses du vent, les baisers du soleil.

Ses paroles disaient de bien plaisantes choses.

 

Les caresses du vent, les baisers du soleil,

Les longues langues d'eau verte des océans,

Les fous rires sans fin et les jeux innocents,

Les caresses du vent, les baisers du soleil.

 

Les fous rires sans fin et les jeux innocents,

D'autres qui le sont moins, offrant dans le grand jour

Le bonheur d'être aimé pour aimer à son tour,

Les fous rires sans fin et les jeux innocents.

 

Le bonheur d'être aimé pour aimer à son tour

De partager à deux tendresse et volupté.

Sur l'aile d'un songe, la chanson m'emportait.

Le bonheur d'être aimé pour aimer à son tour !

 

Sur l'aile d'un songe, la chanson m'emportait.

 

                                                           Michel TOYER

Rondel

 

 

FIN NOVEMBRE

 

 

De l’année, Ô dernière rose

Sur la tonnelle au banc mouillé,

Montre son cœur de vert ourlé,

Mais ne sera jamais éclose…

 

En elle vit l’apothéose

Qui fit splendeur au bel été !

De l’année Ô dernière rose

Sur la tonnelle au banc mouillé.

 

Dans le soir, au ciel gris et rose

Sont les pétales envolés

Eole transforme en « beautés »

Ce que la terre lui propose…

De l’année, Ô dernière rose

 

Extrait de Poésies

 

Marie-Louise GHIO

Demoiselle Battlo

 

 

Demoiselle Battlo avait un grand chapeau.

C'était une vieille presque morte et gisante

Dans un chas d'opales qui fuyaient nonchalantes

Les yeux du soleil en persan quatre carreaux.

 

Dans le coin feutré de sa fenêtre, à vau-l'eau

D'un long fauteuil, elle balançait si charmante

Les airs de sa jeunesse aux effleurs de bacchantes...

 

Et les seuls bémols qui parsemaient son piano

Puisant aux arcs-en-ciel de ces joies séduisantes

Illuminaient le vieux teint nacré de sa peau.

 

Des soirées au parc Guëll enivrées d'agapanthes

En valses serrées sous l'ombrelle du chapeau

Bourgeonnaient sur ses joues, demoiselle Battlo,

Les masques d'or fin dans leur robe chatoyante.

 

David ALBERT

 

 

 

 

 

 

 

                                                                   

 

 

 

Alfonso CANAVATE

 


 

              LA FUREUR D’ÉCRIRE

 

 

Que m’arriverait-il si je n’écrivais pas ?

La lumière en naissant me paraîtrait plus pâle.

L’alouette au matin rejetterait son mâle

Et je ne saurais plus bien assurer mes pas.

 

Je haïrais les jours, je maudirais les nuits.

Je souhaiterais la fin infamante du monde.

Je fuirais les hymens, les jetterais dans l’onde

Dès que je me verrais dans l’eau claire du puits.

 

Je n’agirais en rien étant à bout de force.

J’aurais des cauchemars qui claqueraient la porte :

Je glisserais parfois au fond d’un long trou noir.

 

Et sans émotion, que le désir affole,

Je marcherais sans but dans un grand promenoir ;

Je détruirais ma vie dans une course folle.

 

 

                                          Serge CARBONNEL

 


 

LOGIS

 

 

 

 

 

 

 

  

                                    François VACHER

 

 

 

 

 

                   LES FLEURS DE MON JARDIN

 

Les fleurs de mon jardin ne s’ouvrent que la nuit,

Pour moi seule elles ont cette couleur diaphane,

Je les entends fleurir et embaumer sans bruit

Le lit où je m’endors, telle une courtisane.

 

Cependant mon cœur pleure et ces gouttes de pluie

Me font penser au temps, me rendent nostalgique…

Cela provient des bleus qui jalonnent la vie

Un chagrin, un amour parfois mélancolique…

 

La vie fille changeante et pleine de folie

Distribue à loisir ces fleurs gaies ou moroses…

Et j’essaie d’oublier celles qui m’ont meurtrie

Car les fleurs de mes nuits ont bu l’odeur des roses.

 

Lylia LE CORRE

 

***

 

                QUAND S’ÉTEINT LE POÈME

 

Aux croix de solitude où saigne le désert,

Aux tombes de silence où frissonne le thème,

Aux lendemains transis dans une fleur d’hier,

Au chagrin d’une flamme où s’éteint le poème…

 

Dans ton regard muet chemine l’au-delà…

L’éternité s’endort dans le chant d’une rose.

Et dans une ombre aveugle où s’égarent tes pas,

Une étoile tombée, dans tes mains se repose.

 

Dans cette nuit fébrile où brûle un cri d’enfant

Le ciel noircit l’espoir aux braises d’agonie…

Le soupir d’une vague à l’éternel instant

Froisse un voile de vent où meurt la litanie…

 

                                Marie-Claude CAUCHON

 « Je me réjouis de cette acquisition… la région confirme ainsi son action en faveur du développement du patrimoine de Midi-Pyrénées »

Le président de la région, Martin Malvy

Le Petit Journal, n° 461 du 07-01-20136

 

 

CÉLÈBRE CAPTURE !

 

En Exil à Auch

 

 

 

 

P de LARY LATOUR

Suite à l’achat d’un troisième tableau !

Sonnet

 

 

Une poÉsie

 

 

Lire une poésie, pour oublier ses larmes ;

Pour soulager sa peine et faner ses douleurs

Aux abîmes du temps qui sèche tous nos pleurs ;

Pour arrêter le sang que font couler les armes.

 

Lire une poésie, pour retrouver le charme

D’une terre joyeuse, à l’éclat qui désarme,

Et d’un monde riant, ivre de nos bonheurs ;

Un monde de douceurs, un monde de couleurs.

 

Lire une poésie pour guérir les blessures

Qui sourdent de nos vies, quand le malheur surgit ;

Pour effacer la plaie et gommer les morsures.

 

Pour se donner la force et attiser l’envie,

Dans la nuit qui écrase où quand l’aube pâlit :

Lire une poésie pour toujours être en vie.

 

 

Georges LAZARRE


 

         Dans ma douce quiétude

 

 

Au rythme de mes mots et des chants de l’automne

J’attends sereinement le retour de l’hiver

Sans jamais me lasser du charme monotone

Du lac près de chez moi, refuge pour mes vers.

 

Je suis loin des chemins de mauvaise fortune,

Des mécontentements, des manifestations,

Quelques pas dans la nuit aux rayons de la lune

Avant de m’adonner à la méditation.

 

Je vois dans mon ciel noir d’indicibles mystères

Qui ne peuvent laisser mon cœur indifférent,

Ils présentent l’éclat un tantinet austère

Mais donne du plaisir au vieux poète errant.

 

Sur le lac endormi, sur ses eaux frémissantes,

Quand les cygnes s’en vont vers leur abri de nuit

Je pense aux SDF qui, dans la nuit naissante,

Coucheront dans le froid drapés dans leur ennui.

 

Lorsque je prends le temps d’écouter leur silence

Je comprends les raisons de ces déchirements

Quand dans le cœur de l’homme il n’est plus que violence

Comment encore croire en de beaux sentiments ?

 

Ah ! Si je vous confiais mon rêve de poète

Vous auriez un sourire indicible et narquois ;

Je veux chasser des cœurs le vent de la tempête

Ne me demandez pas ni pour qui ni pourquoi.

 

Oui, je rêve de paix d’amour et de tendresse

De maisons pour chacun sans toit et sans cloison

Sans ces murs agressifs qui devant nous se dressent

Pour offrir à chacun un nouvel horizon.

 

                                                       Jean-Pierre MERCIER

Par Louis Delorme

 

 

Jeanne CHAMPEL GRENIER –  CLAP 38 Bobines

 

 

Pour l'écrivain la nouvelle est un genre difficile. Il s'agit, en un nombre restreint de pages, de captiver et de régaler le lecteur. C'est quelque part un tour de force qui doit être mené rondement. Vite fait, bien fait. Et avec du style. A mon sens, le style est même essentiel. Alerte, humoristique, enlevé, précis, réaliste, avec une historiette qui tient la route, ne manquant pas de sel, de piment, de punch. Pouvant aussi donner dans le dramatique, l'angoisse, voire la frayeur.

 

L'observation a aussi grande importance, ainsi que la précision dans la description, la conduite du scénario, l'à propos de la chute. Les textes de Jeanne Champel Grenier possèdent toutes ces composantes et ? du coup, elle réussit particulièrement bien dans ce genre. D'ailleurs, deux de ses personnages débattent de la nouvelle dans un des textes. Et vous y retrouverez ce que je viens de dire.

 

Le mot CLAP est fort bien choisi. Le clap marque le début d'une prise de vue après que le rouge a été mis et une fois le silence établi. Ça tourne ! 38 Bobines de film nous attendent. Mais on peut prendre le mot bobine dans un autre sens : celui de portrait, avec le plus souvent une nuance péjorative. Et là, Jeanne excelle. C'est toute une galerie qu'elle montre, qu'elle sait peindre en écriture. Tous les travers possibles, tous les aspects du quotidien, tous les défauts de notre société y passent : c'est un roublard qui passe son temps à vendre son chat tout galeux à des gogos qui espèrent acquérir en même temps l'écuelle de la bête qui est une porcelaine chinoise de l'époque Ming. C'est un aspirant au mariage, complètement déçu par celle qu'il a dû trouver sur un site de rencontres et qui la reçoit dans les pires conditions. L'histoire d'un homme qui a la phobie du nombre trois. C'est l'auteur, elle-même qui se met en scène et qui rêve qu'elle est morte.

 

Mais je ne vais pas tout dévoiler. Je suis sûr que vous serez ravis, chers lecteurs, en reposant ce livre.

 

Louis DELORME


 

onnet

 

 

                  contre vents et marÉes

 

 

L’estomac creux détermine le choix des hommes.

 

 

Ce soir, la mer est triste, elle a pris trois marins

Qui mouillaient leurs filets sous un plafond sans lune ;

La tempête rageait, elle montait des dunes

Hautes comme des mâts, qui n’avaient pas de frein.

 

Au village, on ressent un immense chagrin :

Ils sont bien trop fréquents ces revers de fortune !

Des veuves, au pays, on en compte plus d’une,

Il y avait Patrick et c’était mon parrain.

 

Et pourtant, il faut bien nourrir notre famille !

ça, chacun se le dit quand, sans hâte, il s’habille ;

On sait que l’ouragan n’a jamais de pitié.

 

Le calme qui régnait sur le miroir, la veille,

N’était qu’un faux-semblant. C’est un Dieu qui sommeille...

De quoi éprouve-t-il besoin de nous châtier ?

 

 

                                                                  Louis DELORME

 

 

Amour, parle plus bas,

Que nul ne puisse entendre

Glisser sur sa peau tendre

Le frisson de son bas

 

              Daniel ANCELET

AMIS, VENEZ NOMBREUX

 

“Je suis la fille d’un patricien et d’une bohémienne.” 

George Sand 

 

 

Amis, venez nombreux découvrir la demeure

Où Aurore* a vécu des passions merveilleuses,

Des saisons enchantées et de cruelles heures

Aux détours d’une vie aux courbes capricieuses.

 

Et si vous m’en croyez, je me plais à vous dire :

“Venez, venez amis, découvrir la demeure

Où Aurore a vécu le meilleur et le pire,

De ses vertes années jusqu’à sa dernière heure.”

 

Vous y retrouverez le sillage des heures

Où elle recevait Chopin, Liszt ou Balzac...

“Venez, venez amis, découvrir la demeure

Où elle a affronté le temps et ses ressacs.”

 

Contemplez dans le parc roses, chênes et hêtres

Et quelques bancs de bois pour les femmes qui pleurent…

“La Dame de Nohant” vous y attend peut-être...

“Aussi venez amis, flâner dans sa demeure.”

 

Son beau fantôme rôde ici et pour toujours

Dans la grande maison qui fut son cher amour.

 

                                                        Annie LASSANSÀA

 

* Aurore : vrai prénom de G. Sand


 

LA TACHE ROUGE       

 

 

En ce terrible Vendredi

Jésus agonisait sans plainte,

Lorsqu’un petit oiseau sans crainte,

Le regarda puis s’attendrit.

 

Avec son bec et son courage,

La grosse épine retira,

A sa surprise jaillira

Le sang divin sur son plumage.

 

L’oiseau depuis l’évènement

Porte le nom de rouge-gorge,

Il préfère l’insecte au grain d’orge

Qui meurt au sol paisiblement.

 

La tache rouge indélébile

Se transmettra jusqu’à ce jour,

Dans tous les petits nids d’amour

De ce gracieux volatile.

 

 

Marie-Thérèse GATHELIER 


 

                 RECONVERSION

 

A quoi bon écrire, à quoi bon poétiser ?

Pour laisser un nom aux générations futures

Et mourir par amour de la littérature ?

A ma muse complaire et, fier, la courtiser ?

 

J’ai longtemps cru que c’était ma raison de vivre

Et inlassablement j’ai noirci du papier

Contre un maigre salaire, enviant mon plombier

Lequel roulait carrosse et ignorait mes livres.

 

Comme il avait raison ! Depuis, homme averti,

Dans le négoce je me suis reconverti,

Et j’achète et je vends, bref, je fais des affaires,

 

Je brasse les millions, que dis-je ? Les milliards

Et mon nom retentit dans les deux hémisphères,

Je n’écris plus de vers et mange du caviar.

 

                                               Jean BERTEAULT

 

 

***

 

                       LE  FIL

 

 

Pour couper le beurre il fallut un fil

Créé par un as connu de personne.

Voilà qu’aujourd’hui, aucun coup de fil !

Il a disparu de nos téléphones.

 

 

              Michel-Angelbert Legendre


 

              DOUCEUR AUTOMNALE

 

 

Ô j'aime ces matins à douceur automnale,
Les reflets argentés sur la rosée en pleurs,
Le cri frêle d'oiseaux dont le verbe s'emballe
Lorsque l'astre au lever déshabille les fleurs.

 

Viens à moi mon aimé, que le temps s'éternise
Entre l'ambre du drap flottant au petit jour,
Nos deux cœurs en un seul sous l'émotion transmise
Déserteront trop fol un monde sans amour.

 

Oubliés les blés d'or dès leur promesse éclose,
Finis tous les " cui-cui" des oiselets touchants
L'automne est là vivant et l'été se repose,
Une mouette en exil plane au dessus des champs..

 

Le satin des rosiers moins sanguin devient comme
Une peau chagrinée en chiffon sur sa fin,
Mais il reste au verger le velours de sa pomme
Léché par un vent tiède et son souffle divin.

 

Il naît d'autres beautés dont chacun se régale
Goûtons à leur éclat nos cœurs à l'unisson,
S'achève une saison quand une autre s'installe
Ainsi s'enfuit le temps , sourd à notre chanson !

 

Extrait de la dernière moisson    

Gine DELIEURE


 

             S’IL ME PLAISAIT DE VIVRE…

 

 

S’il me plaisait de vivre… encore… – un tant soit peu,

Je dirais à mon cœur : ne vibre pas trop vite !

Echancrant ma douleur, ma poitrine, en aveu,

Gonflerait son plaisir au regard d’Aphrodite…

 

Emmène-moi, Vénus ! Ardent, jusqu’à ton mont,

Caresser ta forêt, en ramener l’essence

Pour y planter un charme, alors, en moribond

Entrant l’ultime fois, je perdrais connaissance…

 

S’il me plaisait de vivre… encore – un tant soit peu,

J’implorerais le Ciel – plus près de Toi, mon Dieu,

Afin de m’y glisser, portant mon oriflamme… :

Est-il l’infime place allant suffire à l’âme ?

 

Homérique abouti ? L’ouvrage – inachevé –

Le sera-t-il enfin ? Ce grand jour fatidique,

Où je le remettrai, humain, chronologique,

Livrant ainsi ma vie – en réel – en rêvé ?

 

Je donnerai mon corps à toi, Dame, la Terre,

Tandis que mon esprit – divaguant – ô mystère ! -

Bercera ta pensée – ô fascinant lecteur !

Rejoindra l’immanence au divin détenteur !

 

Et, en sa sincérité,

Retentit,

Ici, immanent dans l’âme,

Content, le cœur !

 

                                                                Eric JOUANNEAU


 

À Jean-Marie Olingue

 

 

LES MOUETTES ET LES PÊCHEURS

 

 

 

 

                                        Annick PÉGEAULT-CUEFF

RONDON

 

 

 

Lorsque le long des jours s'est passé dans la ville

            Avec son rythme syncopé,

Que les soucis d'alors et le labeur utile

            Laisse l'esprit préoccupé,

 

Lors de l'éloignement de cette vive emprise

            Vers de plus paisibles décors,

Au terme du parcours apparaît la surprise

            D'un lieu choisi vibrant d'accords,

 

Un romantique ombrage accueille sous ses voûtes

            Le passant encore incertain

Qui voudrait espérer et refréner ses doutes

            Face aux imprévus du Destin.

 

Parmi des troncs puissants s'élève la demeure

            Où l'on vient chercher un répit,

Où l'on peut savourer le moment de chaque heure

            Dans l'attente de l'inédit.

 

Le domaine au-delà s'étale en un bocage

            Favorable à l'isolement,

Une verte étendue en forme le partage

            Et s'intègre à cet ornement.

 

Des balustres au fond soulignent la rivière

            Au cours paisible, en cet endroit ;

Des cygnes indolents sur l'onde familière

            Voguent assurés de leur droit.

De toutes parts le chant des oiseaux nous rappelle

            La vigueur de l'instinct vital,

Qui clame intensément sa présence immortelle

            Se jouant de l'instant fatal.

 

Ainsi nous retrouvons l'espace pour notre être

            Prêt aux enchantements sans fard,

Au modeste plaisir de voir le jour renaître

            Dans l'élan d'un nouveau départ..

 

                                      Jean-Jacques RABAUD

 

* * *

 

RIEN NE SERA PERDU

 

 

Un peu de toi survit en chaque belle chose

Que tu sus nous offrir, ô toi, notre maman :

Un geste, une pensée, un sourire, une rose

Et tout l’amour du monde en l’ultime moment.

 

Rien ne sera perdu puisque tout fut offrande,

Ferveur exacerbée au subtil de nos cœurs ;

Les souvenirs heureux dansent en sarabande,

Plus forts que nos chagrins, plus puissants que nos peurs.

 

Que s’apaisent parfois les rumeurs de ce monde

Pour que ce chant d’amour, ainsi qu’un arc-en-ciel,

Vogue vers l’au-delà de tendresse profonde,

Sûr comme l’espérance et doux comme le miel.

 

                                 Monique TALKOVSKI-RABAUD

                               CENDRILLON

 

C’était dans ma maison, par un beau soir d’automne,

Elle m’a fait faux bond, la petite amazone,

Et comme Cendrillon sa pantoufle en partant,

En retirant sa main ne m’a laissé qu’un gant.

 

Ah vivement qu’il pleuve, et qu’il tonne et qu’il vente,

Pour que ma Cendrillon à la grâce émouvante,

Puisqu’elle craint l’hiver et le vent et le froid

Pour se les réchauffer m’abandonne ses doigts !

 

* * *

 

JOUR D’HIVER À MONTMARTRE

 

                    C’est une blonde, le soleil passe où elle passe.

                                          Jean Giraudoux  (Ondine)

 

C’était par un beau jour d’hiver sur la colline,

Je marchais à côté d’une femme divine.

Sa blondeur enflammait les vitres de la cour

Et l’arbre sur la place était transi d’amour.

S’il faut tout avouer, nous cherchions une table

Où passer à midi un moment agréable.

Je vis qu’autour de nous voletait un moineau,

Un titi de Paris qui n’était pas bien gros.

Je n’avais pas besoin de citer Zoroastre

Pour penser qu’il croyait poursuivre en elle un astre,

Et c’est ainsi qu’un jour en pépiant gaiement

Un moineau avec nous entra au restaurant.

 

                             Daniel ANCELET

 

TGV TRACE LA BOURGOGNE

 

 

En ce tout premier matin d’hiver,

Le TGV trace la Bourgogne…

 

Et la forêt est désenchantée

Retenant dans son cœur la chaleur

Qui connaît la froidure arrivée.

 

Fière de sa couronne perlée

En attendant de fêter l’An neuf,

Boule de gui est émerveillée,

 

Aux poteaux électriques, la fée

Se moque du vaniteux corbeau

Qui tremble sous la grise nuée.

 

Bien des vaches sont au pâturage

Quand leurs pattes s’enfoncent sans bruit

Dans un édredon de nuage.

 

Le TGV trace la Bourgogne…

En ce tout premier matin d’hiver,

 

Délaissés par la grande vitesse,

Les clochers et les toits vernissés

Dans la brume effacent leur tristesse !

 

 

                                              Louise ROUSSILLON

Par Patrick Picornot

 

L’OCTOSYLLABE

 

   

Vers de huit syllabes (du grec oktô = huit), l’octosyllabe est sans conteste le mètre le plus employé dans le domaine français avec l’alexandrin. Divers auteurs associent volontiers la naissance de l’octosyllabe avec la poésie religieuse latine de saint Ambroise (IVe siècle). Il est un fait que la poésie liturgique en latin tardif, mesurée et rimée, influença considérablement l’art poétique du Moyen Âge.

 

Selon Frédéric Deloffre, l’octosyllabe est « le plus ancien vers français attesté ». Il donne comme exemple la Passion de Clermont, œuvre mi-française et mi-latine de la fin du Xe siècle. Il note de manière intéressante que cet octosyllabe « semble y avoir conservé des vestiges d’une césure médiane 4 + 4, qu’il perd bientôt. » Pour le XIIe siècle, il cite Chrétien de Troyes. Moins connu, nous pourrions nommer aussi Albéric de Briançon (vers 1100) avec son Enfance d’Alexandre, ou encore Wace, de la même époque, avec sa Révolte des paysans, Thomas d’Angleterre (vers 1160) et son Roman de Tristan et Iseut. En pouvant ainsi multiplier les exemples, nous n’en oublierons pas les célèbres Lais de Marie de France (vers 1170).

 

Son emploi restera abondant en poésie lyrique aux XVIe et XVIIe siècles, tant en isométrie qu’en hétérométrie. Jean-Michel Gouvard a montré que cette abondance est telle que, malgré sa grande fréquence dans les textes à chanter, l’octosyllabe apparaît avant tout comme un « vers de poésie ».

 

Nous voyagerons à travers les siècles en proposant quelques quatrains épars, en commençant par Gilles Durant (vers 1550) avec À une fleur de souci :

 

J’aime la belle violette,

L’œillet et la pensée aussi ;

J’aime la rose vermeillette

Mais j’aime surtout le souci.

Belle fleur, jadis amoureuse

Du Dieu qui nous donne le jour,

Te dois-je nommer malheureuse

Ou trop constante en ton amour ?

 

Nous poursuivrons avec deux autres premières strophes d’un poème intitulé Fontenay, par Guillaume de Chaulieu (1639-1720) :

 

Désert, aimable solitude,

Séjour du calme et de la paix,

Asile où n’entrèrent jamais

Le tumulte et l’inquiétude.

 

Quoi ! j’aurais tant de fois chanté

Aux tendres accords de ma lyre

Tout ce qu’on souffre sous l’empire

De l’amour et de la beauté !

 

Pour le XIXe siècle, dans le même éclectisme, donnons le premier quatrain du célèbre poème de Gérard de Nerval (1808-1855), Une allée du Luxembourg :

 

Elle a passé, la jeune fille

Vive et preste comme un oiseau :

À la main une fleur qui brille,

À la bouche un refrain nouveau.

 

C’est avec plaisir que l’amateur de poésie retrouvera de mémoire les deux quatrains suivants de ce poème à la fois léger et vigoureux.

Nous finirons, pour le XXe siècle, avec le trop méconnu poète québécois Émile Nelligan (1879-1941), en prenant la prime strophe de la Chapelle dans les bois :

 

Nous étions là deux enfants blêmes

Devant les grands autels à franges,

Où Sainte Marie et ses anges

Riaient parmi les chrysanthèmes.

 

Selon Benoît de Cornulier, en sa Théorie du Vers, l’octosyllabe répond à ce qu’il nomme la « loi des huit syllabes », selon laquelle la succession de huit syllabes correspondrait à la limite supérieure de perception d’un groupement syllabique clairement reconnaissable. Curieusement, ce qui est valable pour l’oreille semble l’être pour l’œil, puisque des expériences ont montré que le regard parvenait à décompter d’emblée un maximum de huit objets disposés au hasard sur une table. Le nombre huit marquerait ainsi une limite entre ce que l’esprit perçoit immédiatement et ce qu’il perçoit après réflexion.

 

Dans un domaine plus particulier, celui de la technologie numérique, remarquons que l’octet (multiple de 8 bits) constitue l’unité de mesure en informatique. Alors que le bit n’est basé que sur deux valeurs, 0 et 1, l’octet permet de coder 256 caractères différents. Nous parlons d’un « système octal ». Notons aussi qu’en informatique, un mot de passe doit être constitué au minimum de huit caractères alphanumériques. Nous pourrions dire que le 8 représenterait en quelque sorte un « maximum dans un minimum ».

 

Sans aucunement entrer dans les détails, le 8 occupe une place importante en mathématique.  Nous nous contenterons de dire qu’il est divisible par 1, 2, et 4 ; qu’il est un « cube parfait » : 2³ ; qu’il est le produit des 3 premières puissances : 2º x 2¹ x 2² = 8. Ce nombre appartient à la célèbre suite de Fibonacci : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13… Le rapport 3/5 (tout comme les rapports suivants 5/8 ; 8/13…) représente des proportions de la « section dorée » ou « nombre d’or ». Ainsi, un octosyllabe césuré 3 + 5 peut être considéré telle une proportion d’or syllabique. Nous savons aussi que le 8 renversé (∞) devient le symbole de l’infini. Ajoutons que l’antique échiquier (vieux de plus de quinze siècles), constitué d’un carré de 8 x 8 cases, représentait pour les Anciens le miroir du monde et que le nombre 64 (8²) symbolisait l’unité cosmique. C’est aussi le plan du Temple.

 

En géométrie tridimensionnelle, nous comptons huit sommets au cube et huit faces à l’octaède. En géométrie plane, l’octogone a de tout temps été une figure essentielle. Hormis le carré, il constitue très souvent la base de nos clochers romans. Durant la Renaissance, il demeurera une figure fondamentale dans le domaine de l’architecture. Citons par exemple le magistral duomo de la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence.

 

Nous pourrions développer longtemps l’importance du 8 dans la culture universelle, ce qui nous porte à comprendre la place souveraine qu’occupe l’octosyllabe dans l’histoire du domaine poétique français. Est remarquable sa longévité, allant en France du XIIe siècle à nos jours. Si la majorité des balades de François Villon sont construites à partir de huitains octosyllabiques, ce que l’on qualifie de « strophes carrées », il est fort probable que cet agencement particulier dépasse la seule invention formelle. La strophe de 8 x 8 se mettait sans doute au XIVe siècle en relation avec des notions d’ordre métaphysique et religieux qui nous dépassent quelque peu de nos jours.

 

Si nous nous aventurons dans l’immense domaine de la symbolique, les références au 8 se révèlent innombrables. Rappelons qu’en Chine le 8 symbolise la totalité de l’univers ; au Japon la multiplicité ; dans le Christianisme le Christ cosmique, le Huitième jour ; dans le Bouddhisme la Dharmachakra, la Roue aux huit rayons, représentant les huit membres du Noble chemin octuple. Le 8 est universellement considéré comme le nombre de l’équilibre cosmique. Il est aussi le nombre de la rose des vents, avec les huit directions de l’espace. Jean Chevalier et Alain Gheerbrant (in Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, 1969) ont fort bien montré la portée universelle de ce symbole totalisateur : « Ainsi en va-t-il des Dogons chez qui le nombre clé de la création n’est pas le quatre mais le huit pour sa qualité de quatre double. Car on sait – nous l’avons signalé ailleurs – que, dans la pensée des Dogons, tout ce qui est pur, c’est-à-dire juste et ajusté, est double ». Remarquons que la graphie européenne du 8 est une double boucle. Si la césure 4//4 de l’octosyllabe n’est pas de mise, ce fameux quatre-double des Dogons du Mali, ce mètre, dit « simple », contient potentiellement en lui une « duplicité », ne serait-ce que dans sa formule binaire 3//5 et 5//3.

 

L’octosyllabe est considéré comme le dernier des « vers simples », avant de passer au vers de neuf syllabes (ennéasyllabe) qui inaugure la série des vers dits « composés », c’est-à-dire obéissant rigoureusement à une ou plusieurs coupes.

 

Cependant, l’ancienne césure 4//4 réapparaît sous la plume de certains auteurs contemporains. C’est par exemple le cas à de nombreuses reprises chez Renée Giraudeau, dont nous montrerons le premier quatrain de Le ciel sourit :

 

Le ciel sourit, // l’aube est vermeille,

Comme un fruit mûr// et velouté.

Tendre douceur, // voici l’été !

À la Saint-Jean, // tout s’émerveille.

 

Ce parti-pris peut être qualifié d’archaïsme mais trouver tout son sens rythmique par la combinaison avec le tétrasyllabe ou le décasyllabe 4//6. Aussi trouverons-nous plusieurs exemples dans la poésie de Renée Giraudeau, notamment des quatrains alternant l’octosyllabe et le tétrasyllabe avec une constante rythmique 4//4 – 4 – 4//4 – 4. Nous rencontrons précédemment cette rythmique particulière chez Tristan Derème (1889-1941) en L’Enlèvement sans clair de lune (1925) :

 

Jean-Marc Bernard, // Paul-Jean Toulet,

Jean Pellerin,

Et pour vous trois //déjà sifflait

Le dernier train.

 

Le métricien Jean Mazaleyrat insiste sur le fait que l’octosyllabe, quoique traditionnellement non césuré, se construit le plus souvent sur une formule binaire, symétrique 4//4 : J’ai hiverné//dans mon passé (APOLLINAIRE) ; ou asymétrique à cadence majeure 3//5 : Pour renaître//ou pour en finir (MUSSET) ; asymétrique à cadence mineure 5//3 : À ne désigner//que la coupe (MALLARMÉ).  La formule ternaire (2//3//3 ; 3//2//3…) semble beaucoup plus rare, en tout cas très éparses. Mazaleyrat parle alors d’octosyllabe « à structure variable ». Avec un système de rapports 2/3/3, il donne le vers suivant de Paul Verlaine :

 

Correct, /ridicule /et charmant.

 

Chez le poète de la modernité qu’est Guillaume Apollinaire (1880-1918), grand artisan du vers déstructuré, avec des recherches rythmiques telles que celle du Pont Mirabeau (à partir de groupes de 4 et de 6 syllabes), nous trouvons avec une certaine fréquence la forme archaïque de l’octosyllabe 4//4. C’est le cas, avec une relative constance dans Les bacs, dont voici un quatrain :

 

Sur l’autre rive Entrez Jésus

Passez beau gars Venez la belle

Le bac est mieux qu’une nacelle

Pour prier pour aimer dessus

 

Serait-ce un paradoxe ? Tout en supprimant la ponctuation et en assouplissant la syntaxe, Guillaume Apollinaire se ressource et se renouvelle en puisant dans l’ancestrale chanson, avec cette répétitive scansion qui tient presque de la danse paysanne. On est alors en droit de se demander si l’octosyllabe n’est pas tout autant un « vers de chanson » qu’un « vers de poésie », abrogeant dans son essence même toute limite entre les deux genres, c’est-à-dire tout simplement un mètre universel, qu’il soit césuré ou non. Apollinaire en fait tout à la fois le vers le plus vieux et la plus jeune de notre tradition, un vers intemporel.

 

Et comme en France tout se finit par des chansons, nous donnerons les premiers octosyllabes d’une chanson de Francis Carco (1886-1958), Le bar du dernier verre :

Au « bar du dernier verre » un soir

Quand j’étais seul j’ai cru revoir

Comme à travers un vieux miroir

Tous les amis de ma jeunesse

 

 Avec un premier vers binaire en cadence mineure 5/3 les trois autres vers se poursuivent césurés 4//4. Le quatrain complétant le couplet reprend les rimes a-b mais non selon la formule a-a-a-b mais la formule a-b-a-a. Simple chanson donc, mais de structure savante…

 

Patrick PICORNOT

 

******

 

SIMPLE AMITIÉ

 

Dans le silence clos d'un cœur de solitude
au travers de la nuit qui dénonce le ciel
demeure une lueur, j'en ai la certitude.
Une étoile espérance au-delà de tout fiel.
Une étoile à poser dans le regard qui pleure,
Une étoile à donner en semence d'amour
Pour bercer un visage où les larmes s'écœurent.
Sur la pierre du temps subsiste un fin velours.
Sans doute peu de chose mais une main douce
Ouverte de caresses, offertes pour aimer..
Si faible clin de ciel mais la petite pousse
D'une pure amitié qui vient pour essaimer.

 

François FOURNET

 

     LES CHASSEURS DANS LA NEIGE

 

 

Besace en bandoulière alourdissant leur dos,

Reviennent les chasseurs courbés sous leur fardeau,

Une meute de chiens fourbus à longs poils beige

Ereintés sur leurs pas, les suivent dans la neige…

Grelottant près d’un feu peinent des paysans,

En contraste à leur sort : regroupés s’amusant

Les joyeux patineurs venus tester la glace

 

Lustrent le bord d’étang, au loin de place en place…

Effeuillés spectres nus : des arbres reposoirs

 

Veillent de froid vaincus, des corbeaux dans le soir,

Impromptus visiteurs endormis sur leurs branches…

Enfin : le grand surplomb de ces montagnes blanches,

Unicité du peintre, « Alpes » pour ornement

Xénophile qu’il mit, dans ce décor flamand…

 

 

                                                   Monique DELCROIX

 

 

 

Brugel le vieux : Peintre flamand né vers 1525-1569


 

J’ai découvert en 2015 la poésie de Larissa Andersen, auteure de talent et l’une des plus belles femmes russes du XXème siècle, née à Khabarovsk  (Sibérie orientale) en 1911, et décédée à Yssingeaux (Haute Loire) en 2012. Avec la collaboration de ma professeure de Russe Katerina Grigorova-Guilbert, j’ai pu effectuer la première traduction Française de son œuvre, parue en 2017, sous le titre Miroirs (Collection Le Parc). Je rends hommage, dans ce sonnet, à sa beauté, son talent et son destin de voyageuse.

 

 

Sonnet

 

 

LARISSA

 

Violet, fut le rayon de tes yeux, l’oméga

De Rimbaud, toi divine, au regard si profond

Que les soleils noyés en abîmes sans fond

Pailletaient de lueurs dorées en agrégats

 

Capables d’attirer tant d’amours renégats

Se perdant aux mystères où les jours se défont

Où devient sans valeur tout ce que nous offrons,

Rien ne reste que toi que ce que tu léguas :

 

Ton visage et tes mots, ton sourire et ta voix,

Eternelle beauté, digne d’un haut pavois

Je te rends mon hommage en ce superbe automne

 

Où les arbres en feu s’allument sur tes pas,

A Paris, Yssingeaux, et jusqu’aux Kamtchatka

Mêlant au rouge et or l’orangé qui frissonne.

 

 

Martial MAYNADIER

JEUNESSE

 

 

Lorsque l’enfant grandit, devient adolescent,

L’existence se fait plus grave et plus complexe.

Sorti de son cocon dans son corps il ressent

Un élément nouveau : c’est l’éveil de son sexe.

 

Saura-t-il maîtriser ces précoces pulsions

Ou succombera-t-il à ce début de flamme,

Aux amours passagers, aux vaines émotions,

A ces troubles penchants que la morale blâme ?

 

C’est aussi la période où chacun peut rêver

A ce qu’il deviendra plus tard, ce qu’il va faire

Pour réussir sa vie et, pour cela, trouver

La route qui devrait au mieux le satisfaire.

 

Il est vrai que certains ne font aucun effort

Pour penser leur futur : ils verront à l’usage !

Le présent leur suffit. Mais quel sera leur sort ?

Regrets, chance à saisir, épreuves, décrochages ?

 

Jeunes, vous désirez avant tout vivre heureux.

Hélas ! Nous vous laissons de tristes héritages

Car nous avons choisi des chemins dangereux

Pour la terre et pour nous. Alors, soyez plus sages !

 

 

                                             Jean-Marie LADSOUS

Alexandrins en rimes suivies

 

 

DE MARIE-ANTOINETTE À SON GEÔLIER

 

Suite à la mort de son amie, la princesse de Lamballe

 

 

Je veux savoir, Monsieur, le sort de mon amie,

De son horrible mort, dites-moi l’infamie !

De la douce Lamballe, aussi près de mon cœur,

A tel point qu’elle fut presque autant qu’une sœur,

Ayant quitté l’abri de son exil lointain,

(Pour moi ! rien que pour moi !) je sais qu’hier matin,

D’une noble princesse on fit une martyre,

Le nom de ses bourreaux je voudrais le maudire !

Jusqu’à mon dernier souffle au fond de ma prison,

Sa mort me rongera comme un affreux poison.

Qu’un couteau de boucher ait commis son supplice,

Est-ce qu’à pareil prix on parle de justice ?

Qu’on promène sa tête à travers tout Paris,

Ses secrets attributs par la haine flétris,

Tous les morceaux sanglants de sa triste dépouille

Et ses beaux cheveux blonds semblant reteints de rouille !

Votre récit, Monsieur, me plonge dans l’horreur.

Le peuple de Paris n’a-t-il donc plus d’honneur ?

Cette fatalité qui poursuit le royaume,

Pour la guérir je crois qu’il n’existe aucun baume !

Afin de me détruire et d’aviver ma peur,

Fallait-il ajouter sa perte à mon malheur ?

Je monterai tantôt dans l’ignoble charrette,

* Populace

 

A côté de la mienne, exposez donc sa tête !

 

Face au populacier* hurlant à pleine voix,

Que nous puissions nous voir une dernière fois.

 

                                                               LIZY


Par Bernard LECONTE

 

 

BILLETS D’HUMEUR

 

 

 

PROPOS PAS CHERS

 

Un politologue ou un sociologue ou en tout cas un type en logue, qui sait donc ce qu’il dit, a parlé à la télé de « terrorisme d’opportunité ». J’ai hurlé : Son compte est bon. Ça va lui coûter cher. Ce qu’il dit, c’est ni plus ni moins de l’incitation au meurtre, de l’apologie du meurtre, car le terrorisme n’est pas opportun, il est même importun et même bougrement fâcheux.

 

Ma nièce Irène qui m’écoutait m’a alors expliqué que le mot opportunité, après avoir fait un petit tour du côté de Las Vegas, avait changé de sens et remplaçait désormais avantageusement le mot occasion qui était devenu un gros mot. Du coup, avec opportunisme, je me suis acheté une voiture d’opportunité, avec des pièces de rechange d’opportunité et tout ça opportunément pour pas cher.

 

 

 

AVEC TOUTE MA SYMPATHIE

 

Au début, les gens sympathiques allaient par paire : ils éprouvaient ensemble les mêmes plaisirs et les mêmes peines. Puis, le sympathique s’est retrouvé tout seul : un type sympathique était un type gentil, souriant, facile ; d’ailleurs, on l’a raccourci, il est devenu sympa. Sympa est alors passé aux objets, aux lieux : on a parlé d’un petit plat sympa, d’un restau sympa. Cela voulait dire agréable. Le sympa n’est pas excellent, parfait : on ne dira pas d’un restaurant 25 étoiles qu’il est sympa, il serait fâché.

J’eusse aimé que l’antonyme de sympathique, c’est-à-dire antipathique, connût le même sort et qu’antipa devînt un adjectif jeune, fringant, cool et, pour tout dire, hyper sympa. On pourrait dire, lors de manifs, que les antifas sont quelquefois antipas. Un petit plat antipa ne serait pas franchement dégueulasse, mais pas loin. Le restau antipa vous délivrerait des hamburgers avariés, mais il y a pire. Le petit coin antipa borderait une mare à l’eau douteuse, où ne flotteraient que quelques rats morts.

 

Bernard LECONTE

 

 

***

 

 

                                    SICILE

 

 

Montagne de Sicile, insolente beauté,

Rebelle entre violence et douce volupté,

Si tu ploies sous la douce flamme

De feu et d'amour tu es femme.

 

Si j'étais un oiseau j'y prendrais mon envol,

Mais je foule ta lave et arpente ton sol

D'où renaîtra une culture

Végétale : quelle nature !

 

Sicile, tu renais de ton profond volcan,

Transformant toute cendre en un engrais puissant,

Mortifère ou fertile envie,

Toi le chaos ou l'harmonie !

 

                                                      Maud BÉDIÉE


 

Évasion

 

 

Est-ce de voir le soir s'étrangler dans d'étranges
Filaments gris de nuit au-dessus de la mer

Tandis qu'au loin se meurt en d'hasardeux mélanges

Un soleil amputé dans un bleu outremer ?

 

Est-ce de voir danser sur les vagues mouvantes
Ces oiseaux aguerris aux humeurs de ce vent
Et dont les ébats sont des danses captivantes
Rayant l'air assombri d'un cri assourdissant ?

 

Est-ce de voir tanguer, prisonnier de son ancre,
Ce voilier dont on a replié tout envol

Et qui rue enivré lorsque la nuit s'échancre
Sur un champ étoilé où tout soupir est viol ?

 

Moi qui suis en errance au sable de la plage
J'augure des départs, des solitudes d'or

Quand la lune en croissant marque d'un tatouage
Un nuage donnant à l'espoir son essor.

 

 

                                               Françoise PITTE

 

 

 

Avec nos sincères pensées et condoléances à Françoise Pitte

dont l’époux nous a quittés…


 

PAROS

 

 

Une île aux volets bleus, inondée de soleil,

Où les bougainvillées grimpent sur les murs blancs,

Mêlant le violet doux et un fuchsia vermeil

En un bouquet géant oscillant dans le vent.

 

Vaste vaisseau de pierre installé sur les flots,

Ancré depuis longtemps sans avoir voyagé,

Morceau de paradis détaché de là-haut

Par un Dieu amoureux de cette mer Egée.

 

Comme une vieille en noir, que les rides font belle,

Par tant d’amour donné, par tant d’amour reçu,

Son parfum enivrant au détour des ruelles

Piège le voyageur qui ne l’oubliera plus.

 

Est-elle née de l’eau ou bien tombée du ciel ?

Sera-t-elle longtemps sous les soleils d’été,

Ourlée d’écume blanche, aussi douce et pareille,

Qu’un rêve qui, pour moi, devint réalité.

                                                       

                                                       Jane MARCY

 


 

        UN PETIT MOT…

 

 

Petit mot pour Manuella

Comme une note de musique

En attendant le beau lilas

D'un printemps doux et bucolique.

 

Et que ce bouquet de fraîcheur

Soit pour vous parfum de la vie,

Qu’il vous apporte le bonheur

Sur un chemin où tout fleurit.

 

Que cette année s’ouvre à l’accueil

Avec joie et avec amour

Pour faire s'envoler les feuilles

Au gré du vent de tous les jours.

 

Jean-Louis LENTÉSI


 

AU PARC MONCEAU

 

 

J'ai revu le tableau

Peint dans le Parc Monceau,

Avec la colonnade,

Un but de promenade.

 

Et là je suis allé

Où tu t'es installée

Avec toile et pinceaux

Dans le beau Parc Monceau.

 

Tu n'avais pas vingt ans,

Etais encore enfant.

Tes yeux ont regardé

Cette vue accordée.

 

Reflets dans le bassin,

Dont tu fis le dessin,

De ces ruines antiques

En ce lieu romantique.

 

Entourée de verdure,

Colonnes pour parure,

Ô belle pièce d'eau

Brillant comme un joyau.

 

Et tu as réussi

Un paysage exquis,

En peignant ce tableau,

Là, dans le Parc Monceau.

 

     A Tante Germaine

 

        Bernard DEVAUX

 

Par Louis Delorme

 

 

Plaidoyer pour OU CONTRE
la ponctuation

 

 

Dans " La Gloire de mon père ", Marcel Pagnol raconte que son grand-père réunissait parfois les membres de sa famille devant le Pont du Gard et leur vantait le mérite des Romains pour la construction de cet ouvrage. Il leur disait aussi que maintenant les maçons noyaient les pierres dans du ciment parce qu'ils ne savaient plus les tailler. Je me demande si ce n'est pas pour la même raison que les poètes ont abandonné la ponctuation. Parce qu'ils ne savaient plus la mettre ?

On attribue souvent à Apollinaire l'abandon de la ponctuation et on cite Alcools. Mais on y trouve pourtant quelques signes. Certains attribuent cette « trouvaille » à Mallarmé.

La ponctuation n'est-elle pas une politesse envers le lecteur ? C'est elle qui peut lever l'ambiguïté d'un texte. On me rétorquera que c'est au lecteur de mettre lui-même la ponctuation selon sa manière de lire et qu'un double, voire triple sens donné à des vers ne peut qu'accentuer le caractère poétique. Ce serait donc une richesse ? (selon Aragon). Cela peut aussi amener le contresens. Mais alors, pourquoi mettre une majuscule après un point que l'on n'a pas mis ? En fait, je ne compte pas sur la présence ou l'absence de ponctuation pour évaluer un poème. Ponctué ou non, cela n'y change pas grand-chose.

La ponctuation, selon moi, c'est la respiration du texte et celui-ci est fait pour être dit, même si ce n'est que dans la conscience de celui qui le découvre, qui le déchiffre, ai-je envie de dire, qui l'interprète à la manière d'un acteur, (fût-ce intérieurement). Au théâtre, on respecte la didascalie : l'ensemble des indications scéniques proposées par l'auteur. Une ponctuation en quelque sorte. Encore qu'il y ait des metteurs en scène qui n'en font qu'à leur tête.

Evidemment, en matière de poésie, on peut se contenter d'un minimum de signes extérieurs aux mots, de manière à laisser au lecteur la possibilité de sa propre interprétation mais un peu de ponctuation ne fait de mal à personne et en tout cas n'enlève rien à la qualité d'un texte.

Pour ne pas donner l'impression de critiquer un collègue, permettez-moi de prendre un exemple avec un de mes textes :

 

L’HOMME ET L’OISEAU

 

L’Albatros a servi de modèle au poète :

Dans les airs, il ne peut que nous faire rêver !

D’arabesques, pourquoi devrait-il se priver

Alors qu’il a tout un pan de ciel dans la tête ?

 

A quoi peut lui servir de poursuivre sa quête,

Au sol, c’est un infirme, il ne peut que crever ?

Il faut bien voir l’accueil qu’on peut lui réserver !

Mais ils ne voient donc pas que les mots lui font fête ?

 

On le maudit vivant, on le vénère mort !

Et lui s’en moque bien ; lorsqu’il prend son essor

L’espace s’ouvre à lui, serein, plein de mystère.

 

Quelques-uns de ses fans lui dressent un autel,

On récite ses vers lorsqu’il vient à se taire,

Et même, assez longtemps, on le croit immortel.

 

Dans la première strophe, les deux points ouvrent une explication, le point d’exclamation indique une intonation à donner à la voix de même que celui d’interrogation. Dans le premier tercet, la virgule souligne l’opposition. Le point-virgule évite la confusion. Je ne vois pas trop quelle liberté cela enlève au lecteur qui peut décider d’une autre ponctuation bien à lui.

On peut avoir un point de vue bien différent. Voici ce que m’écrit Jeanne Champel Grenier interrogée sur ce sujet :

La ponctuation… grosse question !

En gros, moi, j'ai envie que l'écrit soit moins saucissonné par les signes, que cela ressemble plus à un langage naturel, les arrêts de parole peuvent se deviner par un retour à la ligne ; mais parfois une virgule est nécessaire, juste pour isoler un mot, le point beaucoup moins, il suffit d'aller à la ligne ; j'aime beaucoup les points de suspension ( les cailloux du Petit Poucet, qui sous-entendent une idée à deviner ou bien une suite à inventer, c'est une soupape d'aération, un clin d'œil (j'adore !).

En fait, la ponctuation normale avec tous ses signes ressemble aux panneaux du code de la route ; sur une nationale goudronnée artificielle, c'est indispensable ; sur un chemin naturel, beaucoup moins.

Voilà mon point de vue mais c'est à chaque poète de choisir ce qui brime le moins ses idées, au risque (extrême) de ne pas laisser de signes qui correspondent à son propre souffle, ce qui pourrait déshumaniser le texte.

En fait, nos points de vue se rapprochent un peu dans la mesure où le poète a besoin de donner quelques indications indispensables pour une bonne lecture. Tout comme un musicien donne des indications indispensables sur sa partition. Il dit la manière de la jouer. Naguère, chaque interprète de concerto pouvait à la fin du dernier mouvement improviser une cadence. Le lecteur ne va pas aller jusque-là. Mais celui qui lit pour les autres ? Quelle version doit-il donner, la sienne ou celle de l’auteur ?

Louis DELORME

 

PROMENADE DU MATIN

 

Chaque matin mes pas me mènent au rivage

Pour goûter sur le quai, la falaise ou la plage,

Un instant de repos, avant de travailler,

Et respirer la mer, si souvent tourmentée.

 

C’est un nouveau bonheur, chaque jour, retrouvé !

Voir ces coques de noix, par la houle, bercées…

Et tous ces goélands, à la clameur miaulée,

Se ruer sur la pêche, comme fous, affamés.

 

Je m’amuse de voir ces hardis palmipèdes

Se disputer entre eux, évitant les bipèdes,

Les déchets de poissons, que chacun intercède.

 

Je suis émerveillée de cet instinct de vie

Qui ne les quitte pas, toujours inassouvi.

Fatiguée de vivre, ma foi, je les envie !

 

                                                        Annie LEROY


Par Jean-Marie Leclercq

 

 

LE POÈME OU L’ACTE LIBÉRATEUR

 

 

Au poème, il revient de restituer cette polysémie dérangeante qui récuse la quiétude du sens pour nous transporter dans un autre ailleurs.

Le poème, il revient de devenir un acte libérateur pour lequel il s’inscrit dans l’ordre supérieur du sensible.

Le poème, quand il est vraiment poème, est sans conteste, il me semble, une insurrection de la conscience en même temps qu’une défense de la langue française en devenant un acte de résistance.

Le poème doit être une rumination, et le poète essaye donc d’avancer dans le mystère du verbe et de la création pour se confronter à ce qui est difficile.

Ainsi, il peut y avoir des fulgurances, des instants de grâce, des passages où il faut s’arrêter pour respirer.

Le poète doit être porteur de sa parole dans sa langue natale grâce aux mots, grâce à leur aisance verbale, mais plus encore, grâce à la forme de conviction. Ce sont chacun à leur manière des combattants du verbe pour le dire plus exactement en manifestant un souci du mot juste. Ecrire de la poésie ressemble à un exercice de menuiserie où l’on rabote le langage de ses scories pour atteindre la forme parfaite.

On dira que la langue à ce moment cherche par-là à prononcer l’ombre en même temps qu’elle s’allume. C’est le mot qui déclenche la beauté d’un vers.

La poésie élève chaque individu à la totalité à travers une opération de connexion qui lui est propre. Elle engendre la communication intime du fini et de l’infini. Sauf à être un philosophe de salon, il est normal que ce qui se vit affecte la pensée et suscite une nouvelle forme d’écriture sans être un genre littéraire.

Le dépassement de soi, ce pourrait bien être une définition de la poésie parce qu’elle échappe à toute rationalité.

Le poète reçoit des informations. Les exprimant, il devient décrypteur, comme un instrument qui nous donne à voir d’autres univers. Des liens naissent entre le lecteur et le poème, nourris de leurs deux univers et de leurs interactions. C’est ce que l’on appelle l’empathie esthétique : le lecteur devient un peu le poète et vice versa. Le principe même de la vie est basé sur ces échanges.

En fait, c’est l’intensité qu’on a mise dans un poème, par principe fragile et précaire, qui décide du degré du plaisir à le lire ou à l’écouter, en passant des contrats avec ses lecteurs, ses éditeurs et son public !

Finalement, on n’invite pas des poètes, on invite des poèmes sauvés de l’indifférence quand on les expose au soleil des autres. D’ailleurs chaque vers est un mot en soi. Il est indéchirable.

 

                                                      Jean-Marie LECLERCQ

 

 

PARLEZ-MOI DE LA DÉLICATESSE

Parlez-moi de la délicatesse
et du charme dont elle est l'hôtesse.
Ce monde est peuplé de fous pervers
quand l'émoi peut venir d'un seul vers.
Élevez le chant de la tendresse
dont notre âme est la meilleure adresse.
En cet univers se meurt l'espoir
d'abattre les murs du désespoir.
Que reste-t-il ? Peut-être un sourire
avant de faire éclore un fou rire.
Mais je sèmerai sur mon chemin
des mots d'amour pour fleurir demain.
Le poème sera pour moi fièvre,
flamboyante douceur sur mes lèvres.
L'avenir ne peut être fini,
l'homme est attendu dans l'infini.

 

                    François FOURNET


 

L’HIVER

 

 

 

                                                         

                                                             Claude BOUTTEN


 

Par Patrick Picornot

 

BEAUTÉ CLASSIQUE EN MIRE… de Didier Colpin (Éditions KDP, 2019) – 96 p. – 10 euros

 

Préface de Patrick Picornot

 

L’ALEXANDRIN :

BEAUTÉ D’UN VIEILLARD QUI NE PEUT MOURIR

 

    Parlant de lui-même, Didier Colpin le dit et le répète : lorsque certains commencent leur journée par une pratique sportive, il débute quant à lui par un poème. Prolixe, nous pourrions presque aller jusqu’à affirmer qu’il pratique la poésie « comme il respire ». Il ne se prive d’ailleurs pas pour considérer que la poésie est « son oxygène ». Cela va peut-être même jusqu’à cette recherche d’une « montée d’adrénaline » menée par tant de coureurs de fond.

    Dans le sillage de Baudelaire, il sait pertinemment que la poésie « a le droit de tout dire ». Elle peut largement se permettre de traiter des réalités les plus banales comme des plus sublimes. Si Didier Colpin se montre soucieux de la forme, visant là une beauté classique, si de plus son vocabulaire fait preuve de retenue le plus souvent, il ne s’interdit nullement parfois des mots du langage populaire – zinzin – voire carrément argotiques – pépettes (pour oseille, flouze, « argent »). Il ne recule pas non plus, quoiqu’assez rarement aussi, devant certains termes anglo-saxons assimilés, tels que surf, flash, ou encore smartphone. En résumé, son lexique n’a rien de restrictif ; son spectre se montre des plus ouverts.

    En notre époque ayant vraisemblablement dépassé toutes les chamailleries liées à des questions formelles du mitan du XIXe siècle à celui du XXe, en notre époque donc, qui connaît une incroyable floraison de formes poétiques, nous savons qu’il n’y a finalement plus rien de désuet, voire même de ridicule, à revenir à notre bon vieil alexandrin. Le livre critique de Jacques Roubaud, La vieillesse d’Alexandre (1978), marque le « tournant des années 1980 », et finit par dater un peu lorsque la suite ininterrompue des ruptures caractérisant la « modernité » commence à perdre de son sens, à s’essouffler en somme. À l’instar d’un Jacques Réda, usant tant de l’alexandrin que du 14-syllabes 6/8, la poésie de Didier Colpin reste portée par la syllabe et la métrique. Souvent attaché à l’hexasyllabe, ce mètre simple « très français », sa Beauté classique en mire se voit entièrement dédiée à l’alexandrin.

    Quand en son prologue le poète signale que son poème « accompagne le lever du soleil », il rejoint, intuitivement sans doute, le décompte temporel hérité de nos lointains ancêtres babyloniens. On sait que dans leur civilisation (dont nous autres avons hérité en plus de celle des Grecs) tout s’organisait autour du nombre 360. Entre autres notions d’espace et de temps, nous avons conservé jusqu’à nos jours les 360° du cercle, ou encore les 12 heures de la journée. Pour Babylone le 12 dénombrait tout autant les signes du Zodiaque que les mois d’une année. Si l’alexandrin fut le mètre souverain de notre Grand Siècle (ce pourquoi il fut peut-être par la suite tant attaqué), c’est qu’il est intimement lié à une maîtrise spatio-temporelle. Le contrôle du temps n’était-il pas déjà pour Louis XIV une affaire politique capitale ?

    Oui, les 12 syllabes de notre alexandrin peuvent être perçues tel que le déroulement du jour, avec son zénith, par la césure, entre ses syllabes 6 et 7. Les théoriciens de l’alexandrin montrent souvent celui-ci comme une parabole (la courbe du soleil) avec sa montée, puis sa descente, sa croissance en intensité sonore puis son extinction graduelle jusqu’à la 12ème syllabe. Didier Colpin nous dit : « Ensuite ce même soleil se couchera et demain sera un autre jour ».

    Certes, Beauté classique en mire aborde, parfois de façon récurrente, les thèmes éternels de la poésie : l’amour, la mort, l’ironie, le hasard, la vie, la non-permanence… Mais un autre thème domine, tout aussi traditionnel que tous les autres : le temps.

    Le poète considère que l’alexandrin lui sert de cadre (un espace et un temps donné), à quoi s’ajoute l’organisation en quatrains, parfois en quintils (de type symétrique apollinarien a-b-a-b-a). Cadre – ou cadran – contrôlant en quelque sorte l’effusion poétique débordante, le jaillissement désordonné des émotions. Il va même jusqu’à parler du cadre du flipper, à l’intérieur duquel la bille folle reste captive. Cette idée revient à celle d’une journée à la durée bien définie, mais à l’intérieur de laquelle tout se « fait de tout et de rien ».

    L’inexorable fuite du temps : voilà l’essentiel motif de réflexion – motif déjà cher aux anciens poètes d’Alexandrie, motif allègrement repris (et même copié) par Pierre de Ronsard, grand connaisseur de l’Anthologie grecque. Les alexandrins de Didier Colpin parviennent à renouveler quelque peu la déclinaison du concept : Disparaît le présent – ce passé de demain ; Je ne suis que banal égaré dans le temps / Perdu dans mon époque attendant l’échéance ; Ému je me perçois comme en suspension ; Dans le sillon du temps l’Homme éternel fredonne. Avec des formulations plutôt heureuses, on le constate, les exemples foisonnent.

    En point d’orgue, l’amour, ce sel de la vie, s’associe de plaisante manière à la lumière, aux couleurs, à la musique : La couleur est musique et tu donnes le « La » ; à l’harmonie entre corps et esprit : Quand l’esprit quand la chair sont dans un mariage ; à la transcendance : Ce merveilleux bonheur fut une belle chance / Transcendant le banal par des feux éclatants ; à la métaphore apaisante : Parce que le bonheur est la fleur de tes yeux.

    Mais l’écoulement tranquille du temps peut parfois se trouver contrarié par certaines réminiscences, troublants ou douloureux reflux du passé : Le passé resurgit d’emblée à tire-d’aile ; Les blessures d’hier au hasard refleurissent. En son parcours, l’individu se voit soudain aléatoirement confronté à des situations psychiques imprévisibles, mais aussi, plus généralement, à l’impermanence du monde, la précarité du réel. Sans fin, par le fil constant du vers, jour à jour, le poète quête son équilibre entre hasard et possible réalisation d’une harmonie.

    La texture est riche, pouvant se prêter à une analyse multiple. L’alexandrin de Didier Colpin se voue à refléter une époque : son époque, celle d’un temps particulièrement troublé où bien des certitudes acquises par les siècles se délitent, où s’observe la désintégration de bien des valeurs fondamentales. Époque de crise sur fond d’incertitudes, de doutes, de perte de tout sens du sacré, d’effondrement ou de radicalisme religieux, époque où la science omnipotente n’a pu, malgré sa puissance innovatrice, ressusciter aucun dieu (sauf aiguillonné celui de l’argent).

    Une certaine amertume face au constat d’une folie grandissante de notre infortunée planète : Sur le grand échiquier où tous on se démène / De nombreux pseudo-rois ne sont que simples fous. Sans doute est-ce par la vitale ironie que le poète finit par découvrir une veine drolatique des plus plaisantes : Un œil de grand seigneur aligner ses pépettes / Compter ses petits sous qui nous rendent zinzins / Fier du miroir sifflant « Comme tu te la pètes ».

    Nous le constatons aisément : si l’alexandrin de Didier Colpin respecte plutôt rigoureusement les « canons » malherbiens – césure, diérèse et synérèse, e muet, e sonore, hiatus évité, etcetera, non seulement il est situé dans une époque et un espace donnés, mais il fait preuve d’une belle souplesse (quasiment suppression de toute ponctuation, comme le fit Apollinaire en 1912) et d’une relative liberté syntaxique propre à fixer de neuves postures langagières. Terminons sur deux vers tenant de la verve satirique par un regard aiguisé sur le fait social : Et mon conjoint ceci moi mon voisin cela / Et sais-tu pour untel non mais vite raconte. Oui, des alexandrins parfaits dans leur structure, mais certainement pas des alexandrins raciniens ! Oui, l’alexandrin est vieux, très vieux, mais il n’est pas mort…     

Patrick PICORNOT

                         FILE FILE FILE…

Sur le chemin chagrin tous nos printemps défilent
Le sourire se ride au gré de nos soucis
Sur la route du doute où les pièges mutilent
Rêves comme idéaux finiront obscurcis…

Sur le temps toboggan tout fout le camp tout glisse
L’instant de nos vingt ans trop vite est démodé
Sur un air éphémère où s’exerce Narcisse
L’eau trouble de la vie est chant inféodé…

Sous le regard sans fard de chimères perdues
L’âme se carapace avec des placébos
Sous la pluie et l’ennui les vérités vaincues
Avec humilité modèrent leurs propos…

Sous le joug si tabou de la mort en arpège
Notre guitare pleure à l’ombre des enfers
Sous la faux sans repos se moquant du solfège
La vie enseigne à tous qu’existe son envers…

 

Extrait de Beauté classique en mire… (T1)          Didier COLPIN


 

POUSSER ... comme des champignons

 

 

Le champignon, Monsieur, il pousse en un instant.

Je suis venu par là, près de ce nid de guêpes,

Je puis vous l'affirmer, sans découvrir de cèpes

Mais lors de mon retour, j'en ai trouvés pourtant

Des petits et des gros qui, lors de mon passage,

N'étaient, pour l'œil humain, pas encor apparents.

 

…............

 

La légende, bien sûr, vient de lointains parents,

Transmise à leurs enfants, mais était-ce bien sage

De croire à cette pousse un peu miraculeuse

A cette belle histoire naïve et merveilleuse ?

 

…............

 

Presqu' aussi populaire est cette autre croyance 

Disant que le bolet cesse toute croissance

Dès qu'il est découvert par l'habile chercheur.

Je vous laisse juger encor de cette erreur.

 

 

Albert LACHAUD


 

Sonnet

 

LE CYGNE

 

 

Le cygne, gracieux, glisse sur l’onde claire

Dans le silence pur des cieux environnants,

Et le soir est si doux en ses verts étonnants

Que le temps paraît mort, que l’heure est exemplaire.

 

De son plumage blanc, magnifique, il éclaire,

Tel un paraphe fou, les sous-bois frissonnants,

Puis vire, sans frémir, vers les yeux rayonnants

Du lac qui resplendit – comme heureux de lui plaire.

 

On n’a jamais pu voir cet invisible aimant

Qui fait la course sûre, et le secret amant

Qui dépose après lui l’immense et folle gerbe…

 

Il nous semble divin. Mais sait-il la beauté

Qu’il laisse dans ses jeux, inutile et superbe,

Si nul ne le regarde au grand soleil d’été ?

 

 

                                                          Guy FEUGIER


DANS LA PAIX DES ÉTOILES….    

 

 

Présence en hologramme et prière en playback

Se sentir étranger à tout un bric-à-brac

Voir la tradition comme un banal usage

Subissant constamment le poids de l’entourage…

 

Quant au petit Jésus planté dans ce décor

-Tantôt dans une crèche où frêlement il dort

Tantôt sur une Croix où frêlement il souffre-

Le ‘fidèle’ distrait vers un ailleurs s’engouffre…

 

Le secret de la Foi qui pourrait l’expliquer

Plus qu’une simple forme aimant faire abdiquer

Il vibre dans un fond dans une transcendance

Emporté par une onde où tout se trouve dense…

 

En belle Cathédrale un esprit recueilli

Devient un réceptacle où le vrai qui jaillit

Aime le transformer de façon claire active

D’une façon paisible en noble source vive…

 

Mais chacun son parcours surtout ne pas juger

Se montrer magnanime et ne rien exiger

Les deux strophes plus haut ne sont qu’un sentiment

Qu’un simple ressenti qui va là s’exprimant…

 

 

                                                         Didier COLPIN

Par Daniel Ancelet

 

 

LA POÉSIE EST UNE CHANSON DOUCE

 

À celle qui se reconnaîtra souvent dans ces lignes…

 

Commençons, si vous le voulez bien, par le commencement. Celui-ci implique les fondements de notre grammaire, c’est-à-dire les dictionnaires. Or, c’est là que le bât blesse car nous avons affaire à La rousse. Or, qu’est-ce que c’est qu’une rousse, sinon une blonde qui a pris feu ?

La suite n’est qu’une incitation de plus à la débauche, car nous avons affaire à de petits Roberts. Je les connais pour les avoir chantés du temps de ma jeunesse folle en déclamant par exemple :

J’aimais deux pigeons d’amour tendre

Dans leur corbeille de satin,

Mais la belle n’était pas tendre,

Elle me tapait sur la main.

Et je poursuivais sans attendre :

J’aimais deux pigeons d’amour tendre,

Dans leur corsage d’organdi,

Mais un autre a mieux su les prendre

Et les a fait sortir du nid !

Dans le même esprit, je persistais et signais :

Bien qu’étant loin d’être parfaite

La nature est pourtant bien faite,

Car si la poule avait des seins,

Le coq serait muni de mains.

Mais laissons cela et entrons dans le vif du sujet, puisque je voulais vous entraîner dans un genre de « concert-promenade » au milieu des mille et une beautés que recèle la langue française.

Evoquons d’abord les anagrammes, qui en mêlant les lettres d’un mot en créent un autre. Par exemple Salvador Dali donne Avida Dollars, comme Jeanne Moreau se transforme en Ange en amour.

L’immortel « Boléro de Ravel » devient, pour sa part, « Le rodéo verbal. »

Quant à « La reine de la nuit », elle peut se lire « La traîne en deuil. » « Tristan et Iseult »se traduit par « Triste est la nuit », et la « Marche turque » donne « Charme truqué ».

Nous avons aussi révolution française qui donne Un Corse la finira et Henry de Montherlant qui a écrit : Éternité est l ‘anagramme d’étreinte.

Même notre province du Roussillon peut devenir sourions mais seul un spécialiste peut déterminer si nous restons dans l’anagramme ou si nous frôlons la contrepèterie !

Parlons donc brièvement de la contrepèterie, lapsus par lequel, en intervertissant l’ordre des lettres et des syllabes, on produit des phrases burlesques pas toujours dénuées de sens, par exemple :

Aux riches, des c…….en or,

Aux pauvres, des nouilles encor !

J’évoquerai encore l’anacoluthe, qui est une rupture de construction syntaxique : on commence une phrase d’une façon, et on la finit autrement.

J’aime à citer souvent celle-ci, de Montesquieu : L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture ne m’ait ôté.

Passons aux vers olorimes ou holorimes, vers homophones dont la rime est constituée par la totalité du vers.

Gall, amant de la reine, alla, tour magnanime

Galamment de l’arène à la tour Magne, à Nîmes

qui n’est pas de Victor Hugo, mais de Marc Monnier, et cet autre de Charles Cros dont toutes les composantes riment ensemble :

Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses

Danse, aime, bleu laquais, ris d’oser des mots roses.

N’oublions pas la si talentueuse Louise de Vilmorin qui propose malicieusement :

Etonnamment monotone et lasse

Est ton âme en mon automne, hélas

Poursuivons avec les palindromes (du grec palindromos, qui court en sens inverse.)

Les plus courts sont : kayak, bob, gag, elle, mais on peut citer, de Charles Cros :

Léon, émir cornu, d’un roc rime Noël

Celui-ci, anonyme mais politique :

Elu par cette crapule

Et puis encore, sortis de l’imagination toujours débordante de Louise de Vilmorin :

L’âme sûre ruse mal et

Suce ces écus.

De Michel Laclos, orfèvre dans le genre :

A Laval elle l’avala.

Passons à l’oxymore, cette antithèse rapprochée qui établit une contradiction entre deux mots :

L’éloignement rapproche de la marquise de Sévigné ou Hâtez-vous lentement de Nicolas Boileau et Les soleils mouillés de Charles Baudelaire.

Sans oublier le bruit des ailes du silence de Saint-Amant ou Le soleil noir de la mélancolie de Nerval.     

Ou encore Cette obscure clarté qui tombe des étoiles dans Le Cid de Pierre Corneille.

La plus connue est née sous la plume de Victor Hugo qui, décrivant la mort de Gavroche, s’exclame dans Les Misérables : « Cette petite grande âme venait de s’envoler. »

Mais nous allions oublier les Loisirs de la poste, ces adresses en vers dont Stéphane Mallarmé s’était fait le spécialiste :

Je te lance mon pied dans l’aine

Facteur, si tu ne vas pas où c’est

Que rêve mon ami Verlaine

Rue Didot, hôpital Broussais.

 

Le 8 novembre 1984 j’adressai mon premier recueil « Le jardin sur la mer » à Michel Martin, alors secrétaire général du Cerf-Volant en libellant ainsi l’enveloppe :


 

Ah, qu’à l’heure matutine

Ce mot aille avant demain

Chez monsieur Michel Martin

Au 4 rue-de-la-Chine

Celui, ci, curieusement, m’en accusa réception en relevant dans mes vers

Mon cœur n’a pas mûri, et s’il est plein de bleus,

Moi, j’en suis rouge de joie !

Sans se douter que mon 18ème recueil, paru en octobre 2019, trente-cinq ans plus tard, s’intitulerait justement « Les Bleus à l’âme ».

En effet, comme le chocolat, mes poèmes se délivrent en plaquettes.

Jean Dutourd, de l’Académie française, ne dédaignait pas solliciter la sagacité des facteurs, et j’ai conservé de lui :

Monsieur Ancelet – jour et nuit

Sur le papier son front s’incline-

A Viroflay, B.P. dix-huit

Dans la suburbaine Yveline.

Ou encore

Pour joindre Monsieur Ancelet,

Facteur, c’est la Boite Postale

N°18, Viroflay

Dans l’Yveline libérale.

Stéphane Mallarmé, dont Jules Renard dans son Journal osa écrire qu’il était intraduisible, même en français, a laissé dans nos toilettes cet impérissable quatrain :

Toi qui soulages ta tripe,

Tu peux dans ce gîte obscur,

Chanter ou fumer la pipe,

Sans mettre tes doigts au mur !

Mais laissons ces lantiponnages pour évoquer ces acrobatiques et délicieux acrostiches (d’akro=extrême et stikhos=vers) où l’on peut retrouver, en lisant dans le sens vertical la première lettre de chaque vers, le nom du dédicataire, ou celui de l’auteur.

En voici un fort ingénieux fait par un solliciteur impécunieux sur Louis XIV :

Louis est un héros sans peur et sans reproche

On désire le voir. Aussitôt qu’on l’approche,

Un sentiment d’amour enflamme tous les cœurs,

Il ne trouve chez nous que des adorateurs :

Son image est partout, excepté dans ma poche.

L’un des plus connus est né sous la plume amoureuse de l’immortel auteur de La Chanson du Mal-Aimé dédiée à Paul Léautaud.

Evoquant Louise de Coligny-Châtillon, son petit loup avec qui il vécut une relation passionnée, Guillaume Apollinaire propose :

La nuit descend

On y pressent

Un long destin de sang !

Mais nous ne saurions terminer sans évoquer notre immortel alexandrin que nous retrouvons partout, qu’on en juge :

Pour les transports :

Le train ne peut partir que les portes fermées,

Pour la météorologie :

Après dissipation des brumes matinales,

En géographie, pour retenir le nom du chef-lieu des départements :

A race d’avocat, il n’est pas de cas laids

Et encore : Ote sa voie, Seigneur, à ce gros âne-ci

Et pour conclure sur un sourire : Daniel Ancelet est un orchidoclaste !

Daniel ANCELET

 

Sources :

Les dictionnaires d’abord : Larousse, Littré et Robert.

Pascal-Raphaël Ambrogi : Particularités et finesses de de la langue française. Chiflet et Cie.2005.

Pascal-Raphaël Ambrogi : Dictionnaire du bon usage au service du sens et de la nuance. Honoré Champion.2015.

Jean-Loup Chiflet : Oxymore mon amour. France-Loisirs.2011

Claude Gagnaire : Tout sur tout. France- Loisirs.1986.

Micheline Joyeux : Les figures de style. Hatier.1997.

Jacques Rouvière : Le livre d’or de l’esprit français. Editions Ecriture. 2013.


 

Sonnet

 

 

           

À madame de Rocquigny, présidente de Lutèce,

qui me trouva trop modeste

 

JARDIN CÉLESTE

 

 

Le soleil réjouit la flore printanière

Que j’arrose de pleurs, ce n’est pas à nier,

Et rassemble en bouquets dans mon petit panier…

J’adapte les sonnets de Dante à ma manière

 

Et je francise ceux de la Belle Cordière,

Complète le recueil des œuvres de Chénier

Et traduis plus d’un texte ancien jusqu’au dernier

Avant que ma marraine entre dans la carrière…

 

Grâce à l’enseignement de manuels divers,

Retrouvant par moi seul l’art d’écrire des vers,

J’ausculte les auteurs sans que je les imite

 

Et suis la galaxie en évolution…

Si je fais des progrès, repousse la limite,

C’est que mon univers est en expansion !

 

 

                      Claude AMAGAT


 

Sonnet

 

 

              UN CHEMIN EN POINTILLÉ

 

 

Regarde, au bord de l’eau, tous ces châteaux de fables

Peinturlurés d’orange où meurent les matins ;

Dans leurs cerveaux cassés aux cheveux impeccables,

Des êtres rêveront toujours de faux destins.

 

J’ai pris un numéro dans la salle d’attente

D’un hôpital de ville où l’on parle très bas.

Serais-je sans racine ? A l’instar de la plante

Qui se fane en un pot, je me sens soudain las.

 

Je t’aime de ne pas priser les airs de fête,

Et pour tes yeux aussi qui pleurent trop souvent,

Et puis pour ta démarche à peine désuète,

Et parce que je n’ai connu personne avant.

 

Je vais dans le miroir de mes sœurs enfantines

Chercher le café noir, l’odeur du pain grillé ;

Mais la glace est brisée au feu des chevrotines,

Et je ne trouve qu’un chemin en pointillé.

 

 

                                                     Pierre HAMEL

 

 


 

CRÉPUSCULE D’AUTOMNE

 

 

La nuée insistante obscurcit la montagne.

Une pâle lueur plane sur le vallon,

De sa clarté livide irise la campagne

Où la brume tenace éloigne l’horizon.

 

Tout à coup dans le ciel, déchirant un nuage,

Un pur jaillissement se révèle soudain,

S’intensifie alors en un vibrant présage,

Rayonnant sur les champs tels un phare divin.

 

                                               

 

AUX SŒURS DES HOSPICES DE BEAUNE

 

 

Bien au-delà des ans, de la misère humaine,

Leur souffle règne encor en lutte à la douleur.

La grandeur d’âme était leur œuvre souveraine.

Le pauvre y retrouvait dignité et chaleur.

 

De ces lieux imprégnés de compassion immense

S’élève un chant d’espoir pour tout le genre humain.

Elles ont humblement apporté délivrance

Au malheureux qui souffre en son rude chemin.

 

 

                                                                Yves OLIVE

             POÈTE, QUI ES-TU ?


Ainsi qu’un vagabond, le poète s’en va
Sur un chemin désert, flânant au fil du rêve.
Il espère en sa Muse et chante à cappella
Pour que naissent les mots tout imprégnés de sève.

Rapporteur, avocat, conteur ou procureur,
Sur le papier s’écrit le sang d’une blessure.
Alors, d’un trait de plume, il éloigne la peur
Et fait naître un sourire ainsi qu’une parure.

Est-il encore utile en ce monde savant ?
Mais s’il ferme les yeux pour chercher la lumière,
Il verra l’invisible, esseulé dans le vent.
Sans lui, rien ne serait s’il levait la paupière.

Dans sa cage de verre, il tourne titubant,
Apprivoise le rythme, invente une harmonie.
On le croit immortel quand il parle d’antan
Et qu’il regarde au loin, amoureux de la vie.

Nourri d’évasion pour une éternité,
De la rime et du mot, prisonnier volontaire,
Il défiera le ciel qui dans sa pureté,
Bousculera les ans de ce vol solitaire.

Mage visionnaire, enfermé hors du temps,
Il fait chanter les mots en leur donnant une âme.
Peignant à sa façon, je voudrais, pour longtemps
Que cette confession puisse être une oriflamme.

 

 

                                              Roland MARLET

LE SIÈCLE À VENIR

 

 

Nul ne peut effacer les grumeaux de l’écume

Et le nazaréen ? Il agonise en roi !

Disciple, ton regard est constellé d’effroi,

Soldat d’un univers où le Destin s’embrume !

 

Sous un soleil cruel qui lentement s’enfume

Voici que l’océan chargé de désarroi

Déferle en un ressac à l’infini charroi :

Combien de flots crachant une bave posthume !

 

N’entends-tu pas la voix des peuples à genoux ?

Dans le siècle à venir, amis, que ferons-nous ?

Allons-nous hériter du seul Salut qui reste ?…

 

...vint la procession des êtres inquiets

(Ô mourants vous peuplez déjà l’endroit funeste)

L’épée étincela : dans la nuit je criais !

 

 

Jean-Marc JON


 

QUE VAIS-JE ÉCRIRE

 

 

Je ne sais pas encor ce que je dois écrire,

Mais la main me démange et demande raison,

Tout au long de mes mots vais-je pleurer ou rire,

Qui sait ce que dira ce nouvel horizon ?

  

Vais-je parler aussi de ces maudites grèves

Paralysant la France à dix jours de Noël,

Faut-il abandonner, renoncer à nos rêves,

Pour quelques mécontents appelant au bordel ?

 

Philippe n’en peut plus, sa barbe devient blanche

Et Macron quant à lui, aux abonnés absents,

Des ministres douteux vont se faire la manche,

Les retraites par points, des rejets incessants.

  

Où va-t-on mes amis, qui donne la réponse ?

Le mystère est complet, le miracle on l’attend,

Martinez et Berger, de l’esprit pas une once

Ils ont une cagnotte, un recours épatant !

  

Et pendant ce temps-là, des français la souffrance,

Gares prises d’assaut, pas de trains, ni métro,

Economie en baisse, un gâchis d’importance,

Jusqu’à quand ce fléau ? Ah vraiment c’en est trop !

  

Vacances de Noël, devenant une bûche,

Le sapin est en deuil, les enfants vont pleurer,

Rien qu’une solution, il faut faire l’autruche.

Amis joignons nos mains, ne devons que prier.

 

                                     Adrien CANNAMELA


 

D'OR  ET  DE  VENT

                                                                                  

( à la forêt )

 

 

D'or et de vent ton âme aux cimes se balance.

Un froufroutement d'aile effleure le silence

Bafoué par les cris barbares des chasseurs

Dont l'irruption brutale éveille la terreur.

 

Au creux de ton hallier que le peuple sauvage

Sillonne habilement d'invisibles passages,

Quelque chevreuil traqué livre un dernier combat

Contre les chiens féaux, dynamiques soldats.

 

D'un bond léger il tente une fuite éperdue,

Par la grêle des tirs hélas interrompue.

Sous tes rameaux baissés qui pleurent l'innocent

La terre du chemin s'abreuve de son sang.

 

D'ocre et de brun l'automne émaille tes sommières

Où l'aura de la pluie exhale une lumière

Qui frémit en jouant sur la peau de tes fûts,

Et pare de bijoux ton feuillage diffus.

 

Sous ta voûte dorée où foisonne la vie,

Quand donc s'arrêtera l'implacable folie

Et l'âpre cruauté des hommes prédateurs ?

Quand cesseront enfin la violence et la peur ?

 

La trame de tes lois par ses mailles subtiles

Protège un univers où l'action mercantile

De tout être vénal est une absurdité,

Un viol empreint de haine et de férocité.

 


 

Couronnant tes piliers anciens de cathédrale,

D'or et d'argent tes mains sublimes de vestale

Dans un fragile éclat semblent prier les cieux

De t'offrir un hiver paisible et silencieux...

 

                                            Chantal PAILLARD

 

****

 

Sonnet

 

 

SURVIVRE

 

 

Pourquoi faut-il toujours qu'un des deux disparaisse

Lorsque l'on est heureux, sans aucune raison,

Se retrouver tout seul, dans la triste maison

Où l'on avait connu le bonheur, la tendresse ?

 

Le nid d'amour devient un endroit de tristesse

Où l'époux survivant rabâche une oraison.

Il a le sentiment d'injuste trahison ;

Sa vie a basculé, plus rien ne l'intéresse...

 

Que la soirée est longue avec la solitude !

On repense à l'absent et à notre habitude

De regarder ensemble un film à la télé.

 

Echangeant nos avis, le temps passait si vite.

Qu'il s'étire aujourd'hui pour le triste esseulé

Maintenant endeuillé, que le malheur habite !

 

 

Albert LACHAUD

 


 

CHAMPAGNE

 

J'aime entendre tomber la pluie

          Lorsque tu es entre mes bras

Et que nous sommes sous des draps

          Souples tels des voiles de nuit.

 

Les gouttes d'eau sur nos fenêtres

          Chantent comme le carillon

Qui, tout seul, a le même ton

          Que nos deux cœurs dans nos deux êtres.

 

Et je t'aime, toi, ma compagne

          Pour tout l'amour que tu me donnes

Comme je n'ai eu de personne

          Et pour cela je dis : Champagne !

 

 

                SOLITUDE

 

Elle est là gravée sur ta peau

          Et son épais venin d'aspic

Se plante en ton cœur comme un pic

          Quand tu la portes sur ton dos.

 

Tu n'as nul choix... C'est ton destin

          Et si elle colle à tes pas

C'est toi qu’elle veut ici-bas

          Tu veux la fuir... Elle revient.

 

Et surtout quand tombe le soir

          Où seul tu rentres dans ton gîte

Quand le Soleil couchant te quitte

          Pour te couvrir de son œil noir.

 

                          Patrick ROUSSILLON


 

DU PRINTEMPS À L’HIVER

 

 

Voici le doux printemps

Aube de la jeunesse !

Des lilas éclatants

Embaument les instants.

Une brise caresse

Mille nids palpitants.

 

Jours tissés de lumière,

L’été bat les moissons

Et la rose trémière

Irise la clairière.

C’est le temps des chansons,

De l’amour en chaumière.

 

Automne des brouillards

Où chaque feuille expire.

Des vents fous, goguenards

Qui piquent tels des dards.

Du bon vin que l’on tire

Des ciels gris et blafards.

 

Et comme un fin stratège,

L’hiver, les pieds gelés,

Garde ce privilège

De conduire un cortège

D’arbres nus tout givrés,

De grésil et de neige.

                      

                                 Ginette DENCAUSSE


 

Par Laurent Desvoux-D’Yreck

 

 

Chants d’elles,

recueil de Thierry Sajat, 2019

 

Thierry Sajat n’en a pas l’air comme ça, il est un provocateur « Une préface est inutile, Entrez doucement dans la poésie… », ce faisant il nous lance sur la piste de débusquer les ressorts qui se cachent derrière cette apparente facilité, cette harmonieuse beauté qu’il y a dans ses vers et ses strophes, cette fontaine de mots et d’images qui coulent de cœurs et de mots comme à l’insu des enjeux et intentions de l’auteur, apparente facilité et déconcertante comme pour désarçonner le lecteur qui voudrait s’arrimer à quelque solide rebord.

Chants d’elles le huit-centième recueil de poèmes publié aux éditions de l’auteur qui œuvre beaucoup en faveur de l’édition des poètes de France et de Navarre et semble avoir plusieurs vies, entre un travail dans un Ministère, son rôle d’éditeur et d’animateur en poésie, son rôle pour la promotion de Montmartre et de sa République. Qu’est-ce qui pourrait accrocher alors le lecteur en lisant ou écoutant tant de quatrains limpides évocateurs des mots, du silence, de la poésie et du temps, de l’amour et de la beauté, un romantisme vécu dans les expressions « C’est un Alexandrin que j’écris dans tes yeux », « Et si c’était son cœur au détour de ma vie », « Je lirai dans vos yeux le plus beau des poèmes », avec une manière de franchise mêlée d’audace… D’autres vers sont déjà plus empreints d’une poésie plus mystérieuse de mêler les éléments : « Tu es ce soir la jeune fille au bras du vent », « Ma main comme un oiseau a des gestes de lune », « J’ai suspendu le temps aux bleuités du soir » et l’on peut voir et ressentir que la lecture de Lamartine a été revisitée par celle d’un Rimbaud…, en plus des Ronsard, Victor Hugo, Renée Vivien, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon et Paul Verlaine cités par notre poète au fil des pages.  Et la pureté racinienne dans ce titre : « Ni tout à fait le jour, ni tout à fait la nuit » quoique sur le fil…

Pourquoi citer en exergue alors ce Verlaine qui vante dans « L’art poétique » cet Impair, ce vers impair que je ne vois pas présent sous la plume de Thierry ? C’est pour son éloge de la musique dans la poésie même bien sûr et ce qui est aussi « avant toute chose », outre la musique, c’est la poésie même. Musique et poésie dans les rythmes balancés des alexandrins, des octosyllabes, qui composent une grande part de ce « chantement d’amour », mis en italique.

Quel est ce Regret qui mord le poète ? Le premier des deux exergues citait le grand prosateur Jean d’Ormesson, disparu il y a peu, reconnaissant à la poésie « le pouvoir mystérieux de rendre la vie plus belle et de transformer notre existence », et Jean d’O. concédait in fine : « mon grand regret, c’est de n’être pas poète » et qui se rattrapait en donnant à moult de ses grands livres des titres qui furent d’abord vers de poètes, « Je dirai malgré tout que cette vie fut belle », clausule d’un poème aragonien des Yeux et la Mémoire…, alors que le même poème commençait par « C’est une chose étrange à la fin que le monde »…

Dans le jeu des mots du titre Chants d’elles, l’une des « elles » est sa fille Elsa, et le poète lui consacre six pages où les mots disent le manque d’elle trop tôt emportée par l’hiver. En homophonie avec les chandelles de lumières dans l’obscurité dans des cérémonies… Et la poésie alors se condense en Elsa, son « plus beau poème ». Un prénom évidemment porteur de résonances aragoniennes littéraires, lyriques et existentielles.

La poésie revient avec insistance, avec retours nombreux à l’identique et à variantes : « Ecrire est un silence… », « Ecrire est un délice… », cela participe de l’apparente facilité et de ce chant continué, s’élevant, s’exténuant, se reprenant. Il fallait aussi au poète revenir à ses sources, qui ne furent pas que celles des poèmes des auteurs de tous temps et styles, et qui ne furent pas que celles des émotions, les grandes émotions de l’amour, des chagrins et des joies. Il y avait à évoquer, convoquer ceux qui permirent et provoquèrent lecture et écriture : « à Monique et Paul Perron Mes chers professeurs de collège » et le « Je vous dois cette fleur », en recon-naissance, « A la mémoire de Mademoiselle Gilbert, Mon professeur de français (6e) », un quatrain et ces trois mots « De l’enfance »,  l’école en source vive de l’amour des mots, des textes et du savoir et du partage.

Elle ? C’est alors l’école à former pour le langage, l’imagination, l’amour des beaux textes et de la beauté. Elle ? C’est l’enfance des rêves et des cours… Elle ? C’est aussi bien sûr la poésie…  et ces jeux de mots et de sens avec « ces matins d’aile ». La surprise est de voir un vers surnuméraire, pour maints poèmes, comme débordant de leur cadre parfait de strophes impeccables, avec un vers en plus ou un morceau de vers, un mot parfois, en rejets magnifiques, avec part de silence, d’inachevé, de manque, de virtualité,  « Déparfumée du temps », « D’Elle et de son Avenir », « D’Amour », « Infiniment », esquisses d’enjambements, pour des surgeons d’autres poèmes à venir sous sa plume ou la vôtre…

 

Laurent DESVOUS-D’YRECK

 

 

  Ma main comme un oiseau

 

 

Ma main comme un oiseau a des gestes de lune.

On dirait que le vent la porte sur des flots

De brume, quand le soir vient mourir sur la dune

Frôlant un autre ciel où j’entends des galops

 

D’orage à l’amble bleu des mémoires d’enfance…

Ma main se pose sur la fêlure des mots,

La brisure d’aimer dont la lumière offense

L’âme jusqu’à souffler la flamme en ses rameaux…

 

Ma main comme un oiseau s’envole et puis s’écroule

Dans un froissement d’aile et de froid, un chiffon

Sur le sol lézardé du temps… Des pierres roulent

Dans la tête d’un songe, et les heures défont

 

Mes regards doucement, coulés sur le miroir

Déformant de l’hiver… Ma main comme un oiseau

Dessine dans les airs des parfums, des histoires,

Des silences qu’on cache au fond de ses tiroirs.

 

 

                                               Thierry SAJAT

 

Par Jeanne Champel-Grenier

 

CORRESPONDANCES - Louis DELORME

 

            Quel plaisir de rencontrer un vigoureux poète à la fois peintre et sculpteur qui sait allier profusion, qualité et originalité, à notre époque où fleurissent et se fanent les modes à une vitesse grand V !

            Est-il encore utile de présenter Louis DELORME, ce poète à l'humanisme inaltérable ; cet increvable détecteur des faiblesses humai-nes, ce cœur clairvoyant, tout de modestie et de franchise ? Cet artiste capable d'un humour inattendu notamment dans ses sculptures ?

            Voici son énième recueil intitulé « CORRESPONDANCES », titre à prendre dans tous les sens du terme et dont le but se révèle