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Baudelaire : le marchand de nuages

 

Précurseur du symbolisme des années 1870, du surréalisme de 1920 et de toute la poésie du XXème siècle, Charles Baudelaire inlassablement recherchera le beau dans le mal. En seulement deux volumes publiés de son vivant, Les fleurs du mal et Les paradis artificiels, cet enfant terrible révolutionnera la poésie française

 

« Mère, vous voilà toute à moi ». Charles Baudelaire, âgé de six ans, au soir du 10 février 1827, se réjouit de la mort de son père, en qui il voit un rival. L’enfant voue un amour inconditionnel à sa mère, recherche ses caresses, son odeur et va même jusqu’à respirer sa lingerie pour s’en imprégner. Hélas, 19 mois plus tard, la jolie veuve convole en justes noces avec un hussard, Jacques Aupick. Le petit Charles le vit comme une véritable trahison. Il n’hésitera pas à enfermer le couple dans la chambre nuptiale et à jeter la clé dans le puits. Baudelaire ne pardonnera jamais à sa mère ce remariage qui sans nul doute est à l’origine de sa misogynie. Et de son addiction aux drogues les plus dures. Cette frustration traversera sa vie et son œuvre.

 

Tu seras un homme beau-fils. Son beau-père décide d’en faire un homme à la hussarde et déclare péremptoire : « ce sera Louis Legrand ». Mais le jeune homme fantasque s’ennuie. Déjà, il est doté d’un imaginaire et d’une insolence hors du commun. Les phrases fusent à en lui donner le vertige. Lorsqu’un de ses professeurs lui demande à voir ses écrits, il répond : « on me lira que quand ça me prendra ». Il est bien sûr évincé de Louis Legrand pour insubordination. Il entre en guerre avec son beau-père, qui nommé général, devient un objet de haine. Non seulement, il incarne l’autorité et le conservatisme bourgeois de l’époque mais il accapare sa mère adorée ! Il n’hésite pas à l’agresser physiquement et tente même de l’étrangler alors qu’il ne fait pas le poids. Le beau-père ne se démonte pas et ordonne aux domestiques « enfermez-le dans sa chambre et mettez-le aux arrêts pendant quinze jours, ce rimailleur amateur de pollen de fleurs de chanvre, qui se compte parmi les meilleurs poètes à venir.».

 

Baudelaire fréquente déjà la jeunesse bohème du quartier latin et surtout le club des haschichins avec Théophile Gautier, Eugène Delacroix, Gérard de Nerval et les autres. Sa pratique du haschich lui fera voir «des satyres à quatre pattes courir sur la corniche du plafond de l’appartement familial.» Il rédigera un essai sur l’impact des drogues sur la création artistique : Les paradis artificiels.

 

Le temps des colonies. Pour le soustraire à ses mauvaises fréquentations, le beau-père « offre » à cette tête à claques une croisière d’un an à bord du paquebot des mers du Sud. Direction Calcutta. Le jeune homme continue ses provocations car une fois de plus l’ennui le prend. Bras étendus au gaillard d’avant, il hurle : Homme libre toujours tu chieras sur la mer… ». Bon prince, Jacques Aupick lui a pourtant remis mille francs pour ses dépenses personnelles. Il lance les billets aux mouettes comme on lancerait du pain, histoire de les voir voler. Il est en manque d’inspiration. Celle-ci viendra lorsque les marins captureront un bel albatros.

 

Souvent , pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

 

Le poète de l’urbain A Saint-Denis sur l’île Bourbon (aujourd’hui la Réunion), contre toute attente, il décide de faire demi-tour et déclare au capitaine : je serai un poète de la grande ville. Je n’ai pas besoin de voir l’Inde. » Il ne pensait pas si bien dire car sans la révolution urbaine conduite par le baron Haussmann dès 1852, ses petits poèmes en prose ou spleen de Paris n’auraient pas vu le jour. Cette gigantesque transformation imprègne les « tableaux parisiens » des Fleurs du mal » de ce poète doté d’un sens aigu de l’observation

 

Paris change ! Mais rien dans ma mélancolie

N’a bougé ! Palais neufs, échafaudages, blocs,

Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,

Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs

(Le Cygne, Tableaux parisiens, les Fleurs du mal)

 

Retour au bercail parisien, sur l’Alcide nu comme un ver car il a troqué ses vêtements contre des livres. Parti mi-juin 1841, il sonne à la porte de son beau-père en février 1842. Il rapporte dans ses valises les premiers poèmes des Fleurs du mal et notamment le sonnet « à une dame créole » et une attirance pour l’exotisme et les femmes typées que l’on retrouve dans toute son œuvre.

 

Une muse noire sans orthographe. Devenu majeur en 1842, il fait valoir ses droits sur l’héritage de son père. Il fréquente les milieux de la prostitution. Il rachète Sarah la Louchette une jeune prostituée pour 1 000 francs et déclare à la maquerelle qui s’étonne : « Je sens venir en moi une préférence pour les femmes viles, sales et monstrueuses ». Il y puise l’inspiration et les plaisirs de la chair avec en corollaire la syphilis dont il mourra. De la laideur et de la sottise, il fera naître un nouveau genre en usant du registre réaliste comme un effet de contraste au sein de poèmes plus symboliques que pathétiques.

 

Une nuit que j’étais près d’une affreuse juive

Comme au long d’un cadavre un cadavre étendu

Je me pris à songer près de ce corps vendu

A la triste beauté dont mon désir se prive


Baudelaire s’installe dans le Marais où séjourne le gratin littéraire et artistique et devient un dandy. Toilettes parfaites et maintien aristocratique. Il dépense sans compter pour ses tenues excentriques ou l’achat d’œuvres d’art. Il s’éprend de Jeanne Duval, une actrice métis, sa muse sans orthographe, qui toute sa vie sera son égérie. Sans être belle, elle déclenche chez Baudelaire des visions de palmiers, d’Asie somnolente, d’Afrique langoureuse. Ils vivent une passion faite de ruptures, de violences, de réconciliations sur fond de drogue et d’alcool. Pour elle, il sera le marchand de nuages, et pour lui, elle sera sa Vénus noire. Cette liaison n’empêche pas le poète de poursuivre de ses assiduités Marie Daubrun et Apollonie Sabatier à qui il adresse des poèmes anonymes que la belle retrouvera dans les Fleurs du mal.

 

Un poète neuf dans une poésie vieille. L’argent de l’héritage fond comme neige au soleil. Pour éviter la dilapidation de sa fortune sa mère et son beau-père le placent sous tutelle. Il recevra une pension mensuelle qui partira en fumée dans le bordeaux blanc, le haschich et, pour calmer les douleurs dues à la syphilis, l’opium dont il usera et abusera. Il se jette alors dans l’écriture pour gagner sa vie avec des critiques d’art et la publication de ses poèmes dans diverses revues. Il n’en est plus à une provocation près. L’éditeur Poulet-Malassis qu’il affublera du quolibet Coco-Malperché, accepte de publier Les fleurs du mal en 1857. Pour la signature du contrat, il arrive avec des cheveux verts, un mouton teint en rose et un boa de la même couleur. Baudelaire s’avère être un auteur horrible pour l’imprimeur en exigeant des corrections impossibles. Il ira jusqu’à exiger une couverture en cuir de peau de prostituée.

 

Trop en avance sur son temps, le poète suscite une hostilité quasi générale lors de la sortie des Fleurs du mal. Dans le Figaro en date du 5 juillet 1857, on peut lire : « Il y a des moments où l’on doute de l’état mental mental de Monsieur Baudelaire… Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur… Un vers de Monsieur Baudelaire résume admirablement sa manière : Je suis un cimetière abhorré de la lune. »

 

Le poète est traduit en justice pour outrage à la morale publique. Outre un amende de 300 francs or, il doit retirer six fleurs de son recueil. S’il est vilipendé par la bourgeoisie, il est admiré de la jeunesse et notamment d’un certain Arthur Rimbaud. Il bénéficie du soutien de la nouvelle génération d’artistes comme Sainte-Beuve, Théodore de Banville, Théophile Gautier le fidèle, le peintre Édouard Manet pour qui Baudelaire est « un poète neuf dans une poésie vieille ». Sans compter les encouragements de Victor Hugo alors en exil « Vos Fleurs du Mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles. Vous dotez le ciel de l’art d’on ne sait quel rayon macabre. Vous créez un frisson nouveau ».

 

Après le scandale des Fleurs du mal, Baudelaire continue de publier en revue ses critiques sur l’art et ses traductions de l’auteur américain Edgar Allan Poe, dont il se sent très proche. S’y ajoutent ses petits poèmes en prose, le pendant des Fleurs du mal et dont ils reprennent la thématique. La poésie en prose est alors un genre nouveau initié par Aloysius Bertrand (Gaspard de la nuit).

 

Criblé de dettes, Baudelaire s’enfuit en Belgique pour échapper à ses créanciers. Il y donne quelques conférences. Sous l’influence des stupéfiants et de la syphilis qui le ronge, il se révèle décevant.

 

Pris d’un malaise à Namur, le poète maudit rentre à Paris et meurt dans une clinique à l’âge de 46 ans.

 

Mireille Héros

17 avril 2021

 

Crénom, Baudelaire – Jean Teulé – éditions Mialet Barrault

Rétronews – Le Figaro du 5 juillet 1857

Charles Baudelaire – œuvre poétique – Editions Jean de Bonnot 1978

Le spleen de Paris – Charles Baudelaire – Hatier poche – Classique et compagne

Biographie express

 

9 avril 1821 : Naissance de Charles Baudelaire
1827 : Mort de son père, Joseph-François Baudelaire
1828 : Remariage de sa mère
1836 : Entrée au collège Louis-le-Grand
1839 : Charles Baudelaire, obtient son baccalauréat
1841 : Embarquement pour Calcutta
1842 : Placement sous tutelle judiciaire
1845 : Baudelaire devient critique d'art et journaliste
1854 : Traduction des livres d'Edgar Poe
1857 : Publication des Fleurs du Mal.
1860 : Publication des Paradis artificiels
1861 : Seconde publication des Fleurs du Mal est publié, amputée des six poèmes censurés
1864 : Départ en Belgique
31 août 1867 : Décès de Charles Baudelaire
1869 : Publication à titre posthume du Spleen de Paris et des Curiosités esthétiques"

 

 

Baudelaire : le marchand de nuages

 

Précurseur du symbolisme des années 1870, du surréalisme de 1920 et de toute la poésie du XXème siècle, Charles Baudelaire inlassablement recherchera le beau dans le mal. En seulement deux volumes publiés de son vivant, Les fleurs du mal et Les paradis artificiels, cet enfant terrible révolutionnera la poésie française

 

« Mère, vous voilà toute à moi ». Charles Baudelaire, âgé de six ans, au soir du 10 février 1827, se réjouit de la mort de son père, en qui il voit un rival. L’enfant voue un amour inconditionnel à sa mère, recherche ses caresses, son odeur et va même jusqu’à respirer sa lingerie pour s’en imprégner. Hélas, 19 mois plus tard, la jolie veuve convole en justes noces avec un hussard, Jacques Aupick. Le petit Charles le vit comme une véritable trahison. Il n’hésitera pas à enfermer le couple dans la chambre nuptiale et à jeter la clé dans le puits. Baudelaire ne pardonnera jamais à sa mère ce remariage qui sans nul doute est à l’origine de sa misogynie. Et de son addiction aux drogues les plus dures. Cette frustration traversera sa vie et son œuvre.

 

Tu seras un homme beau-fils. Son beau-père décide d’en faire un homme à la hussarde et déclare péremptoire : « ce sera Louis Legrand ». Mais le jeune homme fantasque s’ennuie. Déjà, il est doté d’un imaginaire et d’une insolence hors du commun. Les phrases fusent à en lui donner le vertige. Lorsqu’un de ses professeurs lui demande à voir ses écrits, il répond : « on me lira que quand ça me prendra ». Il est bien sûr évincé de Louis Legrand pour insubordination. Il entre en guerre avec son beau-père, qui nommé général, devient un objet de haine. Non seulement, il incarne l’autorité et le conservatisme bourgeois de l’époque mais il accapare sa mère adorée ! Il n’hésite pas à l’agresser physiquement et tente même de l’étrangler alors qu’il ne fait pas le poids. Le beau-père ne se démonte pas et ordonne aux domestiques « enfermez-le dans sa chambre et mettez-le aux arrêts pendant quinze jours, ce rimailleur amateur de pollen de fleurs de chanvre, qui se compte parmi les meilleurs poètes à venir.».

 

Baudelaire fréquente déjà la jeunesse bohème du quartier latin et surtout le club des haschichins avec Théophile Gautier, Eugène Delacroix, Gérard de Nerval et les autres. Sa pratique du haschich lui fera voir «des satyres à quatre pattes courir sur la corniche du plafond de l’appartement familial.» Il rédigera un essai sur l’impact des drogues sur la création artistique : Les paradis artificiels.

 

Le temps des colonies. Pour le soustraire à ses mauvaises fréquentations, le beau-père « offre » à cette tête à claques une croisière d’un an à bord du paquebot des mers du Sud. Direction Calcutta. Le jeune homme continue ses provocations car une fois de plus l’ennui le prend. Bras étendus au gaillard d’avant, il hurle : Homme libre toujours tu chieras sur la mer… ». Bon prince, Jacques Aupick lui a pourtant remis mille francs pour ses dépenses personnelles. Il lance les billets aux mouettes comme on lancerait du pain, histoire de les voir voler. Il est en manque d’inspiration. Celle-ci viendra lorsque les marins captureront un bel albatros.

 

Souvent , pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

 

Le poète de l’urbain A Saint-Denis sur l’île Bourbon (aujourd’hui la Réunion), contre toute attente, il décide de faire demi-tour et déclare au capitaine : je serai un poète de la grande ville. Je n’ai pas besoin de voir l’Inde. » Il ne pensait pas si bien dire car sans la révolution urbaine conduite par le baron Haussmann dès 1852, ses petits poèmes en prose ou spleen de Paris n’auraient pas vu le jour. Cette gigantesque transformation imprègne les « tableaux parisiens » des Fleurs du mal » de ce poète doté d’un sens aigu de l’observation

 

Paris change ! Mais rien dans ma mélancolie

N’a bougé ! Palais neufs, échafaudages, blocs,

Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,

Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs

(Le Cygne, Tableaux parisiens, les Fleurs du mal)

 

Retour au bercail parisien, sur l’Alcide nu comme un ver car il a troqué ses vêtements contre des livres. Parti mi-juin 1841, il sonne à la porte de son beau-père en février 1842. Il rapporte dans ses valises les premiers poèmes des Fleurs du mal et notamment le sonnet « à une dame créole » et une attirance pour l’exotisme et les femmes typées que l’on retrouve dans toute son œuvre.

 

Une muse noire sans orthographe. Devenu majeur en 1842, il fait valoir ses droits sur l’héritage de son père. Il fréquente les milieux de la prostitution. Il rachète Sarah la Louchette une jeune prostituée pour 1 000 francs et déclare à la maquerelle qui s’étonne : « Je sens venir en moi une préférence pour les femmes viles, sales et monstrueuses ». Il y puise l’inspiration et les plaisirs de la chair avec en corollaire la syphilis dont il mourra. De la laideur et de la sottise, il fera naître un nouveau genre en usant du registre réaliste comme un effet de contraste au sein de poèmes plus symboliques que pathétiques.

 

Une nuit que j’étais près d’une affreuse juive

Comme au long d’un cadavre un cadavre étendu

Je me pris à songer près de ce corps vendu

A la triste beauté dont mon désir se prive


Baudelaire s’installe dans le Marais où séjourne le gratin littéraire et artistique et devient un dandy. Toilettes parfaites et maintien aristocratique. Il dépense sans compter pour ses tenues excentriques ou l’achat d’œuvres d’art. Il s’éprend de Jeanne Duval, une actrice métis, sa muse sans orthographe, qui toute sa vie sera son égérie. Sans être belle, elle déclenche chez Baudelaire des visions de palmiers, d’Asie somnolente, d’Afrique langoureuse. Ils vivent une passion faite de ruptures, de violences, de réconciliations sur fond de drogue et d’alcool. Pour elle, il sera le marchand de nuages, et pour lui, elle sera sa Vénus noire. Cette liaison n’empêche pas le poète de poursuivre de ses assiduités Marie Daubrun et Apollonie Sabatier à qui il adresse des poèmes anonymes que la belle retrouvera dans les Fleurs du mal.

 

Un poète neuf dans une poésie vieille. L’argent de l’héritage fond comme neige au soleil. Pour éviter la dilapidation de sa fortune sa mère et son beau-père le placent sous tutelle. Il recevra une pension mensuelle qui partira en fumée dans le bordeaux blanc, le haschich et, pour calmer les douleurs dues à la syphilis, l’opium dont il usera et abusera. Il se jette alors dans l’écriture pour gagner sa vie avec des critiques d’art et la publication de ses poèmes dans diverses revues. Il n’en est plus à une provocation près. L’éditeur Poulet-Malassis qu’il affublera du quolibet Coco-Malperché, accepte de publier Les fleurs du mal en 1857. Pour la signature du contrat, il arrive avec des cheveux verts, un mouton teint en rose et un boa de la même couleur. Baudelaire s’avère être un auteur horrible pour l’imprimeur en exigeant des corrections impossibles. Il ira jusqu’à exiger une couverture en cuir de peau de prostituée.

 

Trop en avance sur son temps, le poète suscite une hostilité quasi générale lors de la sortie des Fleurs du mal. Dans le Figaro en date du 5 juillet 1857, on peut lire : « Il y a des moments où l’on doute de l’état mental mental de Monsieur Baudelaire… Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur… Un vers de Monsieur Baudelaire résume admirablement sa manière : Je suis un cimetière abhorré de la lune. »

 

Le poète est traduit en justice pour outrage à la morale publique. Outre un amende de 300 francs or, il doit retirer six fleurs de son recueil. S’il est vilipendé par la bourgeoisie, il est admiré de la jeunesse et notamment d’un certain Arthur Rimbaud. Il bénéficie du soutien de la nouvelle génération d’artistes comme Sainte-Beuve, Théodore de Banville, Théophile Gautier le fidèle, le peintre Édouard Manet pour qui Baudelaire est « un poète neuf dans une poésie vieille ». Sans compter les encouragements de Victor Hugo alors en exil « Vos Fleurs du Mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles. Vous dotez le ciel de l’art d’on ne sait quel rayon macabre. Vous créez un frisson nouveau ».

 

Après le scandale des Fleurs du mal, Baudelaire continue de publier en revue ses critiques sur l’art et ses traductions de l’auteur américain Edgar Allan Poe, dont il se sent très proche. S’y ajoutent ses petits poèmes en prose, le pendant des Fleurs du mal et dont ils reprennent la thématique. La poésie en prose est alors un genre nouveau initié par Aloysius Bertrand (Gaspard de la nuit).

 

Criblé de dettes, Baudelaire s’enfuit en Belgique pour échapper à ses créanciers. Il y donne quelques conférences. Sous l’influence des stupéfiants et de la syphilis qui le ronge, il se révèle décevant.

 

Pris d’un malaise à Namur, le poète maudit rentre à Paris et meurt dans une clinique à l’âge de 46 ans.

 

Mireille Héros

17 avril 2021

 

Crénom, Baudelaire – Jean Teulé – éditions Mialet Barrault

Rétronews – Le Figaro du 5 juillet 1857

Charles Baudelaire – œuvre poétique – Editions Jean de Bonnot 1978

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Biographie express

 

9 avril 1821 : Naissance de Charles Baudelaire
1827 : Mort de son père, Joseph-François Baudelaire
1828 : Remariage de sa mère
1836 : Entrée au collège Louis-le-Grand
1839 : Charles Baudelaire, obtient son baccalauréat
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1842 : Placement sous tutelle judiciaire
1845 : Baudelaire devient critique d'art et journaliste
1854 : Traduction des livres d'Edgar Poe
1857 : Publication des Fleurs du Mal.
1860 : Publication des Paradis artificiels
1861 : Seconde publication des Fleurs du Mal est publié, amputée des six poèmes censurés
1864 : Départ en Belgique
31 août 1867 : Décès de Charles Baudelaire
1869 : Publication à titre posthume du Spleen de Paris et des Curiosités esthétiques"

 

 

 

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