« Maya Angelou a été importante à bien
des égards. Et c’était une vraie originale. Elle n’a pas son pareil. »
Toni Morrison, romancière, essayiste et professeure de littérature afro-américaine, la première femme noire à recevoir le prix Nobel de littérature 1993.
Tour à tour chanteuse, danseuse, actrice, poète, écrivaine, compagne de lutte de Martin Luther King et de Malcolm X pour la cause noir, reporter, enseignante et réalisatrice, Maya Angelou (1928-2014) est une personnalité majeure de la vie culturelle, artistique et politique des États-Unis. Récompensée par le National Book Award pour son service remarquable rendu à la communauté littéraire américaine, elle est aujourd’hui une figure iconique pour le monde entier.
Personnalité hors du commun, elle a conduit une existence mêlant l’intime et le politique. Poétesse du quotidien, elle a vu dans le malheur un maître pour apprendre à vivre. Dans un monde où prospère le racisme, elle a traversé l’expérience africaine-américaine de la lutte pour les droits civiques et pour le combat de tous les peuples colonisés pour se libérer de la violence et de l’oppression. Grâce à elle, le lecteur apprend l’amour de soi, la rigueur et la résilience. C’est une figure de survivante Maya Angelou, une femme militante pour les droits de Noirs américains qui, dans un monde travaillé par des volontés dominatrice et racistes, a su rester invaincue et positive.
Féministe déclarée, dans ses poèmes elle nous propose une idée de la puissance au féminin et nous convie à prendre part à l’œuvre émancipatrice, qui consiste à affronter l’histoire pour ne pas la revivre. Une femme engagée pour l’avancement de ceux qu’elle appelle my people, mon peuple, les miens.
Marianna Esposito Vinzi
Traductrice-Conférencière en Littérature italienne à l’AUAN, France
Chercheuse affiliée à l’Université d’Utrecht, Pays-Bas (Observatory on Dante Studies)
Poèmes de Maya Angelou
Beaucoup et plus encore
Beaucoup et plus encore
voudraient baiser ma main,
goûter mes lèvres,
prêter à ma solitude
la chaleur de leur corps.
Je manque d’un ami.
Certains, quelques-uns,
donneraient leur nom
et leur riche fortune
ou enverraient leur fils ainé
à mon chevet mal portant.
J’ai besoin d’un ami.
Il y en a un et un seul
qui donneraient l’air
de ses poumons défaillants
pour guérir mon corps.
Et celui-là est mon amour.
Pas grand-chose
Mais bien sûr tu n’as
jamais été grand-chose. Pas une chose.
Une fusée ardente, qui patriotiquement
explose dans mes
veines. Une douche d’étoiles – cascades d’étoiles
derrière mes paupières closes. Un
fer brûlant traverse mon front.
Pas une chose importante.
Un mot de quatre lettres poché
sur la chair à l’intérieur de ma
cuisse.
Piétinant les vallées à l’eau de rose
de mon cerveau. Mettant
le holà aux nouvelles loyautés.
Ma vie, alors je dis
pas grand-chose.
Née comme ça
Aussi loin que possible, elle cherchait
à les atteindre toutes. Arquant son petit
corps et grognant
avec grâce, ses
doigts comptaient les roses
sur le papier peint.
La prostitution infantile l’avait formée
à l’imposture. Papa était un
peloteur. Des mensonges doucement soufflés,
des girons doucement massés.
Un sourire pour de beaux souliers,
un baiser contre une robe, peut-être.
Et un téléphone privé
valait bien la plus grande caresse.
Les voisins et les amis proches
murmuraient qu’on l’avait vue
arpenter les rues
quand elle avait dix-sept ans.
Personne ne lui demandait ses raisons.
Elle n’en savait rien elle-même.
Elle tenait juste pour acquis
qu’elle était née comme ça.
Aussi loin que possible, elle cherchait
à les atteindre toutes. Arquant son petit
corps et grognant
avec grâce, ses
doigts comptaient les roses
sur le papier peint.