Franck Delbarre a rejoint l’Académie en novembre 2025. A 69 ans, ce retraité a décidé de reprendre du service dans une société internationale.
Il a publié un premier recueil de poèmes ‘je t’emmène voir les coquelicots’ aux éditions Thierry SAJAT. « J’ai écrit ce livre avant tout pour mes enfants. Bien qu’aimant la compagnie, j’aime bien me retrouver, seul, pour écrire, lire et vivre l’instant présent. Je ne suis pas de ceux qui disent ‘bon courage’ mais plutôt ‘belle journée !’ et quand on me dit ‘pas de soucis..’ je réponds ‘Mais je n’ai pas demandé de sushis !’ La vie est aussi un Etat d’esprit. Sourire…
Rochers
Où sont vos yeux, rochers, monstres nus de l’arène ?
Plantés à ciel ouvert comme mâts de cocagne
Emmurés dans l’ennui quand les eaux se déchaînent
Cognent vos pieds meurtris, c’est la mer qui castagne.
Vous livrez un combat sans vainqueurs ni défaites
Impassibles et froids au milieu des tempêtes
Résignés, fatigués de ces nombreux combats
Ne mènent nulle part et puis vous figent là.
Des oiseaux égarés, maigre consolation
Sur vos dos engourdis posent leurs pattes frêles
Compagnons incertains aux cris sempiternels
Qui ne sont que l’écho de vos lamentations.
Tout près, deux amoureux se disent des ‘je t’aime’
Font naître sur la plage un doux chant de sirènes
Qui s’éteint sur vos fronts en nombre d’acouphènes
De ces bruits inaudibles la mer en est pleine.
Le sable sous leurs corps est comme forteresse
Empruntant leurs regards, leurs baisers, leurs promesses
Avant qu’un vent violent n’efface leurs caresses
Pour se noyer en mer en des flots de détresse.
Rochers,
Vous attendez la nuit pour cacher votre ennui
Et disparaître enfin avant le jour suivant
Simulacre de mort, pathétiques rochers
Fantômes oubliés au crâne dévasté
Vous étalez au jour vos corps peu séduisants
Comme l’attente est longue et longues sont les nuits.
Lettres d’amour
Je me souviens d’un temps où l’on prenait le temps
De se parler d’amour de se dire les choses
Quand la plume des mots jouait avec le vent
Avant de se poser en simulant des pauses
Et ces lettres d’amour nous arrivaient timbrées
Enivrées, passionnées, un peu folles il est vrai !
Quand d’autres parfumées à l’ambre ou au jasmin
Avaient pris tout leur temps empruntant des chemins
Mots tissés sur la toile à s’y méprendre
Pour ne pas s’égarer sur la carte du Tendre
Soufflant des mots émus maladroits touchants
Ingénus parfois nus jamais insignifiants
Je me souviens d’un temps où l’on prenait le temps
De se parler d’amour de se dire les choses
Voyez, Je me surprends à guetter dans le vent
Une lettre en passant qui se serait éclose !
Je me souviens d’un temps où l’on prenait son temps
Me suivez-vous ou pas ?
Les pas ne laissent pas l’empreinte de leurs pas
Et ce n’est qu’après coup, brûlant la politesse
Qu’ils vous laissent pensif sans vous laisser d’adresse
Les pas que vous faisiez à votre insu ou pas
Puis vous tentez parfois de retrouver leurs traces
En faisant d’autres pas, eux aussi ils s’effacent
Dans les couloirs du temps dont nous ne savons rien
Et de moi-même aussi, à ce qu’il m’en souvient
Un passant qui passait a emprunté vos pas
Ceux que vous n’aviez pas tout à fait encor faits
Vous laissant à l’arrêt - Sans remords sans regrets
C’est un passant pressé, je me suis dit ou pas
Que vous marchiez au pas, que vous ne marchiez pas
Qu’on vous fasse marcher ou que sais-je encore ?
Soyez très attentifs dans votre humble transport
Si vous voyez quelqu’un qui marche sur vos pas !
Vous m’suivez ?